Dossier La Mémoire des forêts de Jean-Michel Derex

Arnaud Bresson Librairie Sauramps (Montpellier)

La forêt, sujet permanent de questionnement et d’inquiétude… Mais sujet brûlant d’actualité avec une palette d’œuvres qui s’offrent à nous pour approfondir nos connaissances et éveiller nos consciences. Alors, contrairement à la comptine, ce n’est pas à une promenade bucolique dans les bois que nous vous invitons, mais à une immersion profonde au cœur des poumons de la Terre.

Le message a le mérite d’être clair : il faut sauver la forêt pendant qu’il en est encore tant ! Et qui mieux que le botaniste Francis Hallé pour le faire passer ? L’homme a en effet consacré sa vie entière à étudier la forêt, à mesurer l’impact de l’activité humaine sur cet environnement dont dépend la survie de la planète. Personne ne peut lui contester cette légitimité à nous alerter. Il aurait très bien pu écrire un pamphlet sur les malheurs subis par nos bois et forêts, nous faire l’historique de la forêt à travers les siècles et l’impact ô combien néfaste de l’Homme sur celle-ci… Mais non, Francis Hallé a choisi la beauté, la poésie et la douceur. Accompagné pour cette aventure de Luc Jacquet, le réalisateur du remarquable et très remarqué documentaire La Marche de l’empereur sur les manchots en Antarctique, il nous emmène pour un voyage éducatif, mais non roboratif, à travers les forêts tropicales du Gabon et d’Amérique du Sud. Le lecteur peu averti ou ayant oublié ses leçons de sciences naturelles (ou SVT, suivant l’âge) (re)découvrira avec plaisir la conception des forêts primaires et secondaires, le mécanisme de la photosynthèse, base absolue de la vie végétale et animale sur terre, la sexualité des plantes ou encore contemplera le moabi, arbre gigantesque, magnifique, dont on ignore précisément la durée de vie, mais qu’on estime à cinq siècles ! Et c’est là, au cœur de cette magie que les deux compères nous font prendre conscience que le conte de fées agit, d’où le titre de l’ouvrage Il était une forêt. Car Francis Hallé est un conteur né. Au même titre qu’Hubert Reeves en astrophysique, c’est un botaniste qui rend la science compréhensible et abordable pour le commun des mortels. Il a l’art de nous rendre plus intelligents mais aussi plus conscients de l’importance de la place de la nature, et notamment des forêts primaires, dans le processus de survie de notre planète. Cet ouvrage accompagne un film sorti sur les écrans le 13 novembre, mais il a également fait des petits. L’album et l’imagier Il était une forêt raviront nos chères têtes blondes (ou brunes) en les instruisant. Un magnifique album, L’Homme qui dessinait les arbres (Actes Sud Junior), de Frédérick Mansot, inspiré du film, illustre à sa manière cet extraordinaire voyage dans les arbres avec un personnage principal attachant inspiré par notre cher botaniste. À regarder également pour la magnificence des arbres représentés. En écho à cette aventure, paraît en parallèle Amazonia, également projet cinématographique de Thierry Ragobert. Comme son titre l’indique, cet ouvrage retrace la vie de la forêt amazonienne, la plus importante forêt primaire au monde. Nous découvrons à travers les superbes photographies du photographe brésilien Araquem Alcantara, à la fois la flore luxuriante, la faune diversement riche mais aussi les hommes qui vivent au sein de cet immense territoire ainsi que les menaces qui pèsent fortement sur lui. Dans La Haine de l’arbre n’est pas une fatalité d’Alain Baraton (Actes Sud) et La Mémoire des forêts de Jean-Michel Derex (Ulmer), c’est au rapport direct entre l’homme et son environnement que nous nous intéressons. Alain Baraton, jardinier de Versailles et chroniqueur sur France Inter, nous interpelle avec sa verve familière sur les dégâts causés par l’homme sur les forêts françaises. Au travers d’anecdotes et exemples plus édifiants les uns que les autres, il nous dresse un bilan peu glorieux de la gestion de nos espaces forestiers par les édiles de notre chère république. Mais il leur adresse surtout, malgré un ton parfois teinté d’humour, un véritable cri d’alarme. Bien qu’une certaine conscience écologique s’éveille dans notre pays, il existe encore trop d’ignorance sur l’importance de ces forêts, ce qu’elles nous apportent, ce qu’elles véhiculent de notre patrimoine, trop de calculs politiciens élaborés par des maires voulant satisfaire à court terme leur électorat. Alors oui, on se laisse emporter par la ferveur, et on se surprend à penser : indignons-nous avec Alain Baraton ! Jean-Michel Derex, historien de l’environnement, nous présente un ouvrage au ton beaucoup plus posé. Il retrace l’histoire de nos forêts et surtout de l’usage qu’en ont fait les hommes au cours des siècles. C’est ainsi que nous apprenons que, dans l’Histoire de France, l’espace forestier a opéré des avancées et des replis, suivant l’impact de l’activité humaine et la consommation en bois de notre société. L’historien nous narre également les différents rôles qu’a eus la forêt pour l’homme, tantôt abri, tantôt réserve de chasse, tantôt réserve de matières premières. Il fait ainsi prendre conscience au lecteur que le genre humain a toujours eu besoin des arbres et que, même si la tendance est aujourd’hui à la préservation plutôt qu’à l’exploitation, la forêt était, est et restera une part non négligeable de notre identité. Alors grâce à ces ouvrages, promenons-nous dans les bois, oui, mais préservons par tous nos petits moyens la richesse de cette nature qui nous est offerte mais envers qui nous avons une dette qu’il est urgent d’honorer.

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