Chronique Peau d'homme de Hubert, Zanzim

Claire Rémy Librairie Maupetit (Marseille)

Un conte féministe écrit et dessiné par deux hommes ?! En 2020, c’est enfin possible grâce aux brillants Hubert et Zanzim. Ils nous entraînent dans une réjouissante comédie au cœur de la Renaissance pour explorer avec eux notre rapport au genre et à la sexualité à l’épreuve des bonnes mœurs et de la religion.

Comme le veut la société italienne de la Renaissance, Bianca, jolie jeune femme de bonne famille, va épouser un homme choisi pour elle par ses parents et va avant ça faire l’objet d’une âpre et humiliante négociation commerciale entre les familles. Ce n’est pas que Bianca soit spécialement mécontente du choix, son promis Giovanni est plutôt bel homme et a l’avantage non négligeable d’être jeune. Mais notre héroïne un peu rebelle aurait bien aimé le connaître un peu avant de promettre de l’aimer jusqu’à la fin de ses jours. C’est alors que sa marraine va lui révéler un étonnant secret : les femmes de la famille disposent depuis des générations d’une « peau d’homme ». En la revêtant, Bianca apparaît sous l’aspect de Lorenzo et va ainsi avoir accès au style de vie de Giovanni et à tout un tas de lieux et de comportements interdits aux femmes. Elle qui a pourtant pour meilleur ami un garçon, avec qui elle mène une relation un peu taquine mais sans ambiguïté, découvre tout un monde qu’elle n’imaginait même pas et se livre à l’amour et à la sexualité…comme un homme ! Cette franche liberté la questionne autant qu’elle lui plaît mais quand Giovanni tombe amoureux de Lorenzo, les choses se corsent… Incohérence des inégalités entre les sexes, dangers de l’extrémisme religieux, limites des bonnes mœurs, cette histoire est d’une réjouissante richesse et aborde de nombreux thèmes de société ! Zanzim donne vie à cette histoire d’un trait à la fois léger, élégant et d’un grand dynamisme, fait de mille détails espiègles. Ses couleurs chaudes et franches habillent le tout à merveille. Quant au scénario d’Hubert, aux nombreux rebondissements, il est accompagné de savoureux dialogues, à la fois châtiés comme le voulait l’époque et francs du collier comme le veulent les personnages. Ils donnent toute sa force à cette histoire. La placer en pleine Renaissance n’enlève rien à sa modernité, dans un subtil équilibre. Quelques jours après la grande Claire Bretécher, Hubert nous quittait à son tour, laissant toute une profession émue et profondément attristée, ainsi que des milliers de lecteurs et libraires désemparés. Il laisse derrière lui des dizaines d’histoires intelligentes et riches, comme les séries Miss Pas Touche (Dargaud), Beauté (Dupuis) ou Les Ogres-Dieux (Soleil) et sera parti sur un titre déjà indispensable. Quel bel héritage, cher Hubert, que cette peau d’homme dont vous nous parez°!

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