Chronique Anaïs Nin de Léonie Bischoff

Claire Rémy Librairie Maupetit (Marseille)

Connue pour ses Journaux, dans lesquels elle se livra sans fard et sans pudeur, Anaïs Nin fut une personnalité singulière et hautement romanesque, passionnée de psychanalyse et d’art. Léonie Bischoff s’emploie à nous la faire découvrir au plus près, dans un roman graphique délicat et subtilement colorisé.

 

Qui était vraiment Anaïs Nin ? Une auteure sulfureuse à la prose longtemps censurée ? Une mécène d’artistes prête à soutenir les plus controversés ? Une épouse modèle aux petits soins pour son époux ? Plutôt un savant mélange de tout cela, une femme aux personnalités multiples qui se chercha longtemps.

Anaïs Nin n’a que 11 ans lorsqu’elle quitte la France et embarque avec sa mère et ses deux frères pour New York, après l’abandon de leur père. Persuadée un temps qu’il va les rejoindre, elle commence à lui écrire des lettres que sa mère refusera qu’elle envoie. Anaïs se soumet mais continue d’écrire : ce seront les premières pages de ses Journaux de jeunesse, l’un de ses écrits les plus touchants et les plus populaires. Mais toute sa vie, Anaïs fantasmera et idolâtrera ce père absent, se créant une blessure inguérissable mais terreau fertile de l’énergie qui gouvernera sa vie. Adulte, de retour en France avec son mari, Hugo Guiler, elle se morfond dans l’existence terne qu’il lui offre mais développe alors son écriture et en parallèle de son journal qu’elle continue de tenir assidûment, elle se lance dans la rédaction d’un essai sur D. H. Lawrence, l’auteur du sulfureux roman L’Amant de Lady Chatterley. Elle fait alors la rencontre décisive de sa vie en la personne de l’écrivain Henry Miller. C’est un coup de foudre d’abord artistique et intellectuel puis leur histoire va se muer en une passion sensuelle et stimulante. À son contact, Anaïs va découvrir les vrais plaisirs charnels et se métamorphoser, tout en aimant toujours sincèrement son époux. Elle commence alors la rédaction d’un journal en secret de celui qu’elle tient quotidiennement : il y aura désormais le journal officiel, qu’elle laisse visible aux yeux d’Hugo et le journal sans filtre, érotique. Elle va davantage laisser libre court à ses envies de femme et va cumuler les amants, parfois sans vraiment le vouloir. Elle entame une psychanalyse (et couche avec son thérapeute), se laisse attendrir par son professeur de danse et cède aux avances de son cousin à l’homosexualité refoulée et qu’elle a secrètement aimé pendant des années. Elle tombe également amoureuse de June, la femme d’Henry Miller, une relation platonique mais marquante. Et puis ce père tant espéré et redouté va refaire surface et le tabou ultime va être brisé : subjugué par cet homme encore plus impressionnant que dans ses rêveries, Anaïs va entretenir une passion avec lui. Viendra enfin Otto Rank, un psychanalyste qui lui demandera de laisser de côté son journal. Les écrits d’Anaïs, parce qu’ils n’y ont pas accès et leur échappent, font peur aux hommes de sa vie qui lui demanderont quasiment tous un droit de regard dessus. Mais c’est là le seul élément fiable et solide de son existence, cette part d’intime qu’elle gardera toujours pour elle, dans laquelle elle sera entièrement sincère. Chaque relation fait naître en elle un nouveau personnage qu’elle s’emploie à jouer au mieux mais souffre de ses identités multiples. Cette quête de stabilité sera le fil conducteur de sa vie. À l’aide d’une palette de couleurs douces et nuancées, Léonie Bischoff met cette vie riche et folle à notre portée dans un récit clair et poétique, faisant revivre une Anaïs Nin plus libre que jamais.

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