Chronique Méditerranée de Baudoin

Bénédicte Cabane Librairie des Danaïdes (Aix-les-Bains)

Comment concilier la beauté d’un lieu et le drame qu’y vivent des hommes, des femmes et des enfants ? Seul un artiste, un grand artiste, peut y arriver. Avec cet album, Baudoin nous parle de la Méditerranée, de la mer, de l’eau, synonyme à la fois de vie et de mort. Et grâce à son travail, c’est la vie qui l’emporte sur la mort.

Le mot Méditerranée fait rêver. Des images de plages de sable fin, de soleil brûlant, de mer étincelante, de baignades enivrantes, de maisons en pierres blanches, de majestueux voiliers, de dauphins sautillants, nous viennent immédiatement en tête quand ce nom est prononcé. Et pourtant, ces derniers temps, l’actualité nous rattrape. Pour des centaines, des milliers de personnes, ce mot ne fait plus rêver. Les migrants fuient (c’est moi qui souligne) la misère, la famine, la guerre, les maladies. Ils aspirent à un avenir meilleur. Le Nord, c’est-à-dire l’Europe au sens large, est pour eux l’Eldorado qu’il faut rallier à tout prix. Pour l’atteindre, comme l’Union européenne devient une véritable forteresse (deux milliards d’euros dépensés en 2012 pour la protection des frontières extérieures), il ne leur reste plus qu’à traverser la Grande Bleue. Et pour beaucoup, près de 4 000 personnes par an depuis 2014, dont en moyenne 300 enfants, la route se termine brutalement, noyées dans cette Méditerranée si chère à Baudoin. Il y est né. Il y a vécu. Il continue à la côtoyer. Il l’aime. Et la dépeint, de ce fait, magnifiquement, avec de superbes aplats de couleur bleue aux différentes nuances. En parallèle, son texte sobre et économe en paroles rend un discret et poignant hommage à ces victimes qui avaient pour la plupart de modestes envies. Ils voulaient un jardin, une maison avec des rideaux aux fenêtres, de beaux et chauds couvre-lits, un lave-linge, un chat… C’est une petite fille qui évoque ainsi le rêve de sa mère. Son rêve à elle est d’avoir une robe neuve, d’aller chez le coiffeur. Et surtout, surtout, d’aller à l’école et de se faire des amis aux cheveux blonds et aux yeux bleus. Elle l’écrirait à sa meilleure amie, sa presque sœur, restée au pays. Elle lui avait promis. Mais… Il y a un mais : « Là, sur la plage, la petite fille ne dort pas, elle ne rêve pas, elle a rêvé ». Bien sûr, le lecteur pense immédiatement à la photo du petit Aylan, 3 ans, Syrien d’origine kurde fuyant la guerre civile de son pays, mort noyé sur une plage en Turquie, qui a ému le monde entier et lui a fait prendre conscience de la gravité de cette crise migratoire de grande ampleur. Chacun ainsi de se poser la question : que puis-je faire, moi modeste citoyen de nos riches pays ? Écrire, dessiner, chanter pour certains. Ou bien, pour d’autres, parler des créations qui en découlent. Ou encore les acheter.

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