Chronique Les étoiles s’éteignent à l’aube de Richard Wagamese

  • Richard Wagamese
  • Traduit de l’anglais (Canada) par Christine Raguet-Bouvart
  • Coll. «Littérature étrangère»
  • 10/18
  • 07/09/2017
  • 312 p., 7.50 €

Anaïs Ballin Librairie L’Écriture (Vaucresson)

Publié par les remarquables éditions Zoé et repris en poche par les éditions 10/18, Les Étoiles s’éteignent à l’aube marque l’arrivée en France d’un auteur brillant, à la plume magistrale, de ceux qui manient avec brio tant la splendeur des décors que les petitesses et les grandeurs de l’humain.

Ici, il s’agit de l’histoire d’un père, Eldon, qui toute sa vie aura été absent, ravagé par l’alcool et les épreuves de la vie, et de son fils, Franklin, élevé par un vieux monsieur qui lui apprendra tout, au cœur des forêts à perte de vue, des montagnes éblouissantes et de la nature luxuriante de la Colombie britannique. La première fois qu’il découvre cet homme, Franklin a cinq ans, et ce qui le marque par-dessus tout, c’est l’odeur du whisky sur la peau de cet inconnu. Au seuil de la mort, Eldon demande à son fils de le conduire jusqu’en haut des montagnes où il veut être enterré, comme un guerrier, à la manière des Ojibwé, tribu amérindienne ancestrale dont il est lui-même descendant – tout comme l’auteur. Malgré des réticences et une colère aussi froide qu’elle est immense, Franklin se résout pourtant à exaucer la volonté de son père. De grizzli en abris de fortune, en bivouacs et nuits passées au bord du feu, les langues se délient et, au fil des pages, l’auteur déroule les rouages d’une relation chaotique. Entre un père qui jamais ne l’a été, brisé par l’existence – et dont les excès n’auront fait qu’accroître une propension à l’autodestruction érigée comme principe de vie –, et un fils pétri de rancœurs face à l’absence – et bien plus apte à dompter une nature pourtant difficile que les sentiments et les comportements humains –, le dialogue s’avèrera une épreuve dont les ressorts nous bouleversent. Il sera aussi question d’un amour perdu et de vaines tentatives de rédemptions, de la dureté des hommes entre eux à l’heure de l’industrialisation à outrance et de la confrontation de la ville et de la nature. Malgré l’âpreté palpable, tant de l’histoire que de ses protagonistes, se dégage, à mesure que l’on avance dans le récit, une humanité débordante et une sensibilité palpable chez chacun de ces deux êtres que tout oppose et réunit en même temps. Les forces de ce roman sont légion : un souffle romanesque hors normes, des personnages poignants et une relation père-fils comme on en lit peu. La langue est dépouillée, simple, poétique. Il n’est pas un mot qui soit de trop, pas une virgule qui ne donne au texte toute sa beauté. On déambule dans le roman en passant de la gorge serrée au sentiment d’une inépuisable liberté, puis à l’émerveillement le plus absolu. Dans la tradition de ce que l’on appelle la « littérature des grands espaces », les décors sont à la fois abrupts et sublimes, la nature y est hostile, rude, mais d’une beauté saisissante que l’auteur, qui a lui-même grandi dans l’Ontario, retranscrit à merveille. Toutes les contradictions de l’homme, tous les errements, tous les non-dits et les douleurs de ces deux âmes à vif, s’y révèlent avec subtilité. Gageons que cette première traduction en français d’un roman de Richard Wagamese (auteur d’une dizaine d’œuvres) en augurera d’autres car il n’est aucun doute possible : nous avons là affaire à un maître du Nature Writing.

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