Chronique Des hommes couleur de ciel de Anaïs Llobet

Anaïs Ballin Librairie Les Mots et les Choses (Boulogne-Billancourt)

En 2016, on découvrait Anaïs Llobet, journaliste de carrière et correspondante à Moscou pour l’AFP, avec Les Mains lâchées (Plon). Avec ce deuxième roman, l’auteure transforme l’essai et nous donne à lire un roman empreint de vérité, à mille lieues des poncifs qu’il pourrait porter. Un texte contemporain, ancré dans les questionnements de notre époque, marque de fabrique des jeunes éditions de L’Observatoire.

La Haye, 2017. Le roman s’ouvre avec Adam, l’un des principaux personnages de cette histoire. Il s’ouvre aussi et surtout par un attentat, perpétré dans un lycée il y a quelques heures. Ce lycée où Adam se rendait encore il y a peu de temps. Ce lycée où étudie son frère Kirem. Depuis deux ans, les éditions de L’Observatoire construisent un catalogue installé dans son temps. Avec les presque vingt titres parus dans la collection « Fiction », force est de constater la propension de ces auteurs à questionner le monde, la société, ses failles et ses enjeux. Il y eut l’omniprésence de la maladie et des plans sociaux avec Odile d’Oultremont dans Les Déraisons (qui vient de sortir en poche chez 10/18), le rapport à l’image d’une génération biberonnée à la télé-réalité dans Réelle de Guillaume Sire, mais aussi l’omniprésence du corps, les questions inhérentes au féminin, à la sexualité et à l’égalité des sexes dans Les Corps électriques de Manuel Blanc, et bien sûr, l’inévitable question du dérèglement climatique que l’on trouvait déjà en filigrane dans Le Poids de la neige de Christian Guay-Poliquin et que l’on retrouve dans Les Dévastés, de J.J. Amaworo Wilson. Vous l’aurez compris, c’est à la question du terrorisme et de la radicalisation que s’intéresse Anaïs Llobet. Mais pas que. L’action se situe à La Haye. Nos personnages, pour la plupart (quatre d’entre eux, en tout cas), ont grandi en Tchétchénie. Un pays où, en 2019, il vaut peut-être mieux être terroriste qu’homosexuel. Une réalité à laquelle sera confronté Oumar, jusqu’à son arrivée aux Pays-Bas, où il deviendra Adam. Une réalité qui, d’une toute autre manière, pèsera sur le sort et les choix de Kirem, son frère, et de Mahkmoud, son cousin. Ce qu’aborde Anaïs Llobet avec beaucoup de justesse et d’intelligence, c’est aussi l’exil et l’accueil fait à celles et ceux qui fuient leur pays pour continuer à vivre. Que penser d’une société où s’appeler Adam donne plus de chances que de s’appeler Oumar ? Que penser d’un professeur forcé de se faire passer pour russe parce que tchétchène ? Que dire des jugements à l’emporte-pièce d’une élite bien-pensante cédant aux préjugés les plus fourbes et les plus destructeurs ? Que dire d’un pays qui tue au nom de l’orientation sexuelle ? Sans aucun misérabilisme et sans jamais verser dans le pathos, Anaïs Llobet porte chacune de ces interrogations avec pertinence.

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