Chronique L’Armée furieuse de Fred Vargas

DEJEAN JÉRÔME, Librairie SAURAMPS, Montpellier

Le retour de Fred Vargas et du commissaire Adamsberg après trois ans d’absence, est l’occasion pour le lecteur de s’embarquer dans une chevauchée fantastique et littéraire. C’est un voyage en plein cœur d’une œuvre ou le suspense, toujours impeccable, se pare d’accents champêtres 
et poétiques.

Il était une fois… Le nouveau roman de Fred Vargas, L’Armée furieuse, est une fable qui commence avec quelques miettes de pain éparpillées sur une table. Jean-Baptiste Adamsberg, Petit Poucet du Béarn toujours vêtu de noir, nous prend par la main et nous entraîne dès les premières lignes dans son curieux univers. Nous sommes happés, irrémédiablement pendus au bout de l’hameçon, ballottés pendant plus de 426 pages. Les miettes de pain, c’est juste une mise en bouche. Le plat de résistance, c’est une femme aux cheveux gris et blouse à fleurs qui va le servir. Elle s’appelle Valentine Vendermot, elle vient de la commune d’Ordebec, près de Lisieux dans le Calvados. Elle est « montée » à la capitale sur les conseils du vicaire local dans le but de rencontrer le commissaire. Des gens vont mourir, c’est certain. Une nuit, sa fille Lina a vu passer « l’Armée furieuse » sur le chemin de Bonneval, dans la forêt d’Alance, entraînant quatre hommes dans sa cavalcade. L’un de ces hommes, un sale type, Michel Herbier, est porté disparu… La « femme pissenlit » agace notre commissaire, mais épaulé par Veyrenc et surtout Danglard, vrai monstre de foire au savoir encyclopédique, Adamsberg va se piquer de curiosité pour cette Grande Chasse, la Chasse Sauvage, la Mesnie Hellequin… Des légendes, des cavaliers noirs, des maudits entraînés par une horde de démons millénaires et de morts vivants ! Nous voilà partis sur les chemins forestiers de Normandie, sur les traces de cette histoire qui remonte au Moyen Âge et qui trouve un encrage contemporain. Au passage, le commissaire délaisse une seconde affaire parisienne, celle d’un riche homme d’affaires retrouvé brûlé dans sa grosse berline. Car Fred Vargas ne nous donne pas toutes les clés. Ses histoires, ses « rom-pol », ses romans policiers dans son jargon, sont comme ces histoires que l’on se raconte ou se racontait le soir autour d’un feu. La grâce du conteur est de toujours nous tenir en haleine, quitte à prendre des chemins de traverse. L’Armée furieuse suit les méandres du cerveau instinctif du commissaire, on s’y perd avec délectation, jubilation très souvent. Et puis, il y a ce sens du dialogue décalé, cette galerie de personnages frappadingues et foutrement attachants : les familiers, Danglard, sa culture « énaurme » et son penchant assumé pour le bon vin blanc, Rétancourt, Violette de son prénom, la « déesse » au cou de taureau, un poète, un insomniaque chronique, un spécialiste en zoologie… tout ce petit monde qui compose le commissariat le plus improbable. Et puis Armel, le fils d’Adamsberg, qui se fait appeler de son nom de guerre, Zeck, et que l’on apprend à connaître un peu… À apprivoiser. Enfin, le roman est l’occasion d’ajouter de nouveaux personnages : Momo mèche courte, rien à voir avec les cheveux, le capitaine de gendarmerie Louis Nicolas Emeri, descendant d’un maréchal d’Empire, Léone, vieille comtesse qui fume des cigares cubains, amatrice de calvados et dont le chien s’appelle Flem pour flemmard… Et puis comment ne pas évoquer ce pigeon, sauvé d’une mort atroce, nommé Hellebaud, il sera le fil (à la patte) conducteur de cette étrange affaire, de ce bel objet littéraire où l’intrigue le dispute à la poésie du style et à un univers cohérent qui balance entre rêves et réalité. Rien que du bonheur de lecture.

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