Chronique Le Prisonnier de Omar Shahid Hamid

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Jérôme Dejean Librairie Millepages (Vincennes)

Un premier roman d’un auteur pakistanais est chose rare. Le premier polar pakistanais plus encore. Omar Shahid Hamid, ancien flic, nous dévoile, avec Le Prisonnier, un pays, une société et une ville, Karachi, grouillante de vie, violente, contrastée et furieusement attachante.

J’ai lu une première fois Le Prisonnier d’Omar Shahid Hamid en 2014. Une amie en poste pour l’Ambassade de France à Karachi au Pakistan m’avait offert le livre et m’avait parlé de cet ancien policier qui venait d’écrire et de présenter, lors d’un festival littéraire, son premier roman ; sans doute le premier roman policier de la littérature pakistanaise. Elle me parlait de l’impact de ce roman et des débats enflammés qu’il suscitait. Avec ce livre, l’auteur ne s’est pas contenté d’écrire un polar pour le plaisir simple et louable de raconter une histoire. Il nous entraîne dans les méandres de Karachi, la ville « la plus violente » du monde, et dans la société pakistanaise moderne. Un pays englué par la corruption, perdu dans ses propres contradictions, religieuses et politiques. L’intrigue est un compte à rebours. Un journaliste américain est enlevé un soir de décembre. Ses geôliers menacent de filmer son exécution et de diffuser la vidéo le soir de Noël. Allié des États-Unis – on a tendance à l’oublier –, le gouvernement pakistanais se doit de réagir. Deux hommes vont devoir enquêter, remonter les filières et naviguer entre l’urgence de la situation et la pression politique : le commissaire D’Souza, chrétien – ça a son importance – ostracisé, devenu directeur de prison, et son acolyte d’autrefois, Akbar, un ancien policier détenu à la suite d’une affaire qui a mal tourné. Avec ces deux personnages, Shahid peut ainsi creuser dans les méandres de la société pakistanaise et montrer l’aberration d’un système : djihadistes, dignitaires véreux, prostituées au grand cœur et politiciens prêts à tout pour conserver le pouvoir. C’est un maelström, un tourbillon. Un monde ou la frontière entre le bien et le mal semble ne plus exister, où n’avoir jamais existé d’ailleurs. Mais loin d’être pessimiste, l’auteur nous montre également le quotidien des petites gens, ceux qui tentent de vivre, où plutôt de survivre au milieu de ce chaos qui semble orchestré par une volonté supérieure. Un polar à l’image de Karachi, plein de vies et de paradoxes. Une ville monde et un polar à découvrir.

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