Chronique La Traversée du Louvre de David Prudhomme

Par Roxanne Moreil, Librairie La Manœuvre, Paris 11e

Le 7 juin prochain paraît le nouvel 
album issu de la collaboration des 
éditions Futuropolis et du Musée du Louvre. Cette fois, c’est David Prudhomme, auteur discret du remarquable 
Rébétiko, qui se prête à cet exercice 
périlleux consistant à s’inspirer 
d’un musée à l’histoire chargée.


Écrire sur le musée du Louvre, immense écrin des plus grandes œuvres de l’humanité, semble un projet d’une ambition insensée, en particulier quand des auteurs comme Nicolas de Crécy et Marc-Antoine Mathieu, pour ne citer qu’eux, ont su s’emparer brillamment de l’esprit du lieu pour créer des histoires singulières et en faire des albums cultes. Avec La Traversée du Louvre, David Prudhomme parvient à retourner le problème à son avantage et réussit à nous surprendre sur un thème dont on croyait déjà tout connaître. S’il nous avait déjà marqués avec son album Rébétiko, paru aux éditions Futuropolis en 2009, dans lequel il donnait à ses personnages une densité telle qu’ils semblaient réels, il prouve ici encore son humanisme et son don pour l’observation. Son idée est simple et pourtant inhabituelle : plutôt que d’écrire sur le musée lui-même ou sur les œuvres qu’il abrite, ce sont les visiteurs qui ont retenu son attention. On imagine alors le travail de l’auteur, déambulant de salle en salle à la recherche de son sujet, étourdi par la multiplicité des possibilités et réalisant qu’invariablement, c’est sur l’humain que son regard s’arrête. Dès lors, c’est avec une démarche presque sociologique qu’il décrit les visiteurs du musée, s’amusant de leur comportement… et du sien. Comme en suivant un guide qui attirerait notre attention, non pas sur les œuvres mais sur ce qui se passe à côté d’elles, on lit cette bande dessinée habité par l’impression étrange d’avoir déjà croisé ces visages et d’avoir réellement vécu ce qui s’y passe. Par des lignes et une mise en couleur très sobre, David Prudhomme parvient à capter des expressions, des postures et des attitudes parfaitement justes. Ses cases, composées comme des illustrations, pourraient tout à fait être regardées indépendamment les unes des autres. Une partie de son travail porte sur le mimétisme et la ressemblance des visiteurs face aux œuvres. Avec un regard drôle et bienveillant, il pointe du doigt les comportements un peu désuets des touristes tout en lançant de jolies pistes de réflexion, celle-ci par exemple : « On a beau réunir toutes les langues du monde, elles se croisent en silence. » Tout au long du livre, par des trouvailles dans le dessin et des astuces dans la narration, le lecteur est appelé à tourner la page pour y trouver une nouvelle surprise.


Les planches de l’album seront exposées sous la Pyramide du 20 juin au 8 septembre 2012. Si l’on décide d’en profiter pour aller se perdre dans les salles du musée, il est probable que l’on regarde les autres visiteurs autrement…

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