Chronique Anders Petersen de Anne Biroleau, Urs Stahel, Hasse Persson

Roxanne Moreil Librairie La Manœuvre (Paris 11e)

Anders Petersen photographie comme il respire. Son œuvre, spontanée et en prise directe avec le réel, pourrait se passer de mots, comme le démontre de façon éclatante la grande rétrospective organisée par la BnF jusqu’au 31 janvier et le catalogue publié à cette occasion. 400 pages de photographies d’une honnêteté absolue, à la sensibilité à fleur de peau.

Au milieu des années 1960, Anders Petersen, jeune Suédois en mal d’avenir, découvre la photographie de plein fouet. Dans un journal, une vue du cimetière du Montparnasse à l’aube et sous la neige est une révélation. « Je crois que mon intérêt pour l’expression par la photographie a commencé à prendre sérieusement forme après cette expérience », explique-t-il. Ce que Petersen ignore à ce moment-là, c’est que l’auteur de l’image qui vient de le marquer si fortement s’appelle Christer Stromholm et que leurs chemins vont bientôt se croiser. À partir de 1966, il suit les cours dispensés par celui-ci, dont il deviendra l’un des élèves les plus célèbres ; puis l’un des plus proches amis. Stromholm marque de son empreinte l’œuvre de Petersen, lui transmettant son sens absolu de la sincérité et de la liberté. En 1967, le maître pousse son élève à se rendre à Hambourg, où ce dernier a vécu quelque temps auparavant parmi des jeunes gens en marges, des révoltés passionnés de musique rock revendiquant la liberté de leurs corps comme de leurs passions. Anders Petersen photographie alors sans relâche la ville au rythme de ses déambulations et de ses désirs. Il rapporte de son séjour une série de photographies puissantes, généreuses, à mille lieux de tout discours moralisateur et de toute démarche voyeuriste. Ce projet, baptisé Café Lehmitz, est devenu un livre (non publié en France)et, d’une certaine manière, le manifeste de la démarche photographique d’Anders Petersen. Par la suite, le photographe a poursuivi son exploration des lieux clos, à la fois comme acteur, spectateur, perturbateur, victime et narrateur. Il y aura la prison, la maison de retraite, l’asile… Sa photographie sociale et engagée s’attache à répertorier des situations limites et à dresser des sortes de constats critiques. Loin d’être larmoyantes, ses images dévoilent, mais ne jugent jamais. L’implication de Petersen lors de ces reportages est totale, il vit au plus près de ses sujets, dormant en prison ou s’immergeant trois années durant au sein d’un hôpital psychiatrique afin d’en photographier les pensionnaires. Le plus difficile pour lui est de trouver la juste distance. Il résume ainsi l’enjeu majeur de son approche : « Pour que la photo soit bonne, il faut toujours avoir un pied dedans et un pied dehors. Mon problème c’est que je finis toujours par avoir les deux pieds dedans ! » À l’issue de ces expériences particulièrement éprouvantes, il décide de faire une pause et de parcourir le monde. Lorsqu’il rentre, il consacre une large part de son travail à son environnement quotidien : son fils, ses amis, sa mère, des visions de ses voyages… L’exigence de la sincérité est présente dans chaque cliché, où le nécessaire et le superflu cohabitent, où le spirituel et les actes triviaux se télescopent. La monographie éditée par la BnF se présente comme un journal intime dont la lecture serait une porte ouverte sur la sensibilité et les émotions de l’artiste.

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