Chronique Ocean Park de Ludovic Debeurme

Roxanne Moreil Librairie La Manœuvre (Paris 11e)

Ludovic Debeurme fait partie de ces artistes complets capables de s’emparer avec le même bonheur, la même puissance, de n’importe quel registre de création. Après s’être imposé comme une figure incontournable de la bande dessinée, il fait aujourd’hui son entrée en littérature avec Ocean Park, publié aux éditions Alma.

Deux frères à la dérive. L’un accumule compulsivement les aventures sexuelles, comme s’il ne parvenait jamais à se rassasier de chair et d’amour ; l’autre vagabonde d’un bout à l’autre du monde, avec pour seul bagage et unique bien sa tente igloo gris métallisé. L’érotomane et l’homme sauvage se sont perdus de vue peu de temps après avoir été abandonnés par leurs parents, quand ils n’étaient encore que des enfants. Lorsque le premier reçoit un appel de son père le réclamant au chevet de sa mère mourante, c’est l’idée de partir à la recherche de son frère qui le pousse à accepter. Le seul indice qu’il a en sa possession : une lettre expédiée de Baltimore. Il prend le premier avion pour tenter de l’y retrouver. On suit successivement les deux personnages dans leurs errances, l’un constamment détourné de sa quête par le corps des femmes, l’autre luttant pour sa survie au cœur des villes et des forêts, également agressives et inquiétantes. Lorsqu’on est familier du dessin de Ludovic Debeurme, l’univers qu’il décrit dans son roman prend immédiatement forme. Ses paysages, des villes sans couleur, des étendues d’eau infinies, des ciels bleu pastel et des forêts mystérieuses, se matérialisent très graphiquement dans notre esprit, comme si son imagerie et notre imaginaire ne faisaient qu’un. Tantôt naïve, tantôt crue, son écriture est toujours au service de l’histoire. L’auteur ne pose jamais en styliste qui voudrait démontrer qu’il manipule les mots avec justesse. Pourtant, sous l’apparente modestie de son texte, on prend très vite conscience de la maîtrise de l’auteur et de la puissance de son écriture. Dans ce portrait d’une famille éclatée, entre onirisme et vérité cruelle, Debeurme montre comment, malgré les névroses, les maladies, les kilomètres et les confusions, tous ses personnages restent inexorablement liés les uns aux autres.

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