Chronique Building Stories de Chris Ware

  • Chris Ware
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Capuron
  • Coll. «Coll. « Outsider »»
  • Delcourt
  • 29/10/2014
  • 260 p., 69.95 €
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Roxanne Moreil Librairie Hab Galerie (Nantes)

Deux ans après sa parution aux États-Unis, les éditions Delcourt publient la traduction française de Building Stories, œuvre monumentale de l’auteur culte de la bande dessinée indépendante américaine, Chris Ware. Un livre hybride, où l’auteur pousse toujours plus loin ses expériences sur la narration.

Au premier regard, Building Stories ne ressemble pas à un livre. C’est une boîte qui renferme quatorze histoires, à lire sous différentes formes, journaux, carnets, fascicules, posters, livres. Elle donne à lire plus de dix ans de travaux graphiques publiés dans The New York Times, le New Yorker, le McSweeney’s Quarterly Concern, ainsi que quelques dizaines de pages inédites. Quand on ouvre cette boîte, il faut accepter de ne pas commencer l’histoire par son début. La règle du jeu est de choisir l’objet dont la forme nous attire le plus. Ce qui est déstabilisant d’abord, devient rapidement limpide : chaque petite histoire fonctionne comme la pièce d’un puzzle. On mesure alors l’ampleur du travail de Chris Ware, l’ambition de son projet. On pourrait résumer l’histoire de Building Stories en quelques mots : décrire le destin ordinaire d’une famille de la banlieue de Chicago. Ce qui lie les personnages entre eux, le point vers lequel tout semble converger, est un vieil immeuble de la ville. Vivant, il observe les existences de ses locataires. Vu en coupe, comme une maison de poupée, il ouvre au lecteur soudain omniscient l’intimité de ses habitants. C’est ici que le personnage central de l’œuvre de Chris Ware, une fleuriste dont on ignore le nom, passe ses dernières années de célibataire, avant de fonder une famille et de s’installer en banlieue. Petit à petit, avec une précision presque clinique, n’omettant aucun détail, c’est toute son existence que l’auteur passe au crible. Depuis son enfance jusqu’à l’âge adulte, son quotidien, ses secrets, ses pensées et ses doutes, toute sa vie tient dans cette boîte. Chris Ware n’est pas toujours très tendre avec son personnage. Il semble creuser toujours plus profond, à la recherche de sa vérité la plus intime, aussi peu reluisante soit-elle. Le fait que le personnage vive dans la même ville que lui peut nous laisser croire que, à travers cette femme, ce sont ses angoisses et ses propres questions qui s’expriment. On peut traduire le titre Building Stories de deux façons : « Histoires d’un immeuble » ou « Construire des histoires ». Déjà dans ses livres précédents, Jimmy Corrigan (Delcourt) ou Quimby the Mouse (L’Association), la recherche formelle était très présente. Obsédé par l’architecture, il a commencé à questionner le médium bande dessinée et ses possibilités narratives très tôt dans sa carrière. Jamais, cependant, il n’avait été aussi loin dans la déconstruction, ni dans l’émancipation du cadre du livre. Rares sont les bandes dessinées aussi exigeantes que Building Stories, mais n’ayez pas peur, ouvrez cette boîte et laissez-vous entraîner dans l’univers mélancolique, grinçant, intelligent et beau de Chris Ware.

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