Chronique Annie Sullivan & Helen Keller de Joseph Lambert

Roxanne Moreil Librairie La Manoeuvre (Paris 11e)

Née en 1880 en Alabama, Helen Keller devient aveugle et sourde suite à une infection à l’âge de dix-neuf mois. Alors que l’apprentissage de la langue des signes n’en est qu’à ses balbutiements, comment a-t-elle pu devenir l’écrivaine féministe que l’on connaît ? Le roman graphique de Joseph Lambert nous révèle la rencontre qui fit basculer sa vie, celle de la rebelle Annie Sullivan.

Annie Sullivan, fille d’immigrés irlandais installés dans le Massachussetts a eu une enfance terrible. À 5 ans, une infection oculaire lui fait perdre presque totalement la vue. À 8 ans sa mère meurt et son père, incapable d’élever ses enfants l’abandonne avec son frère Jimmie. Elle passera quatre années dans l’hospice de Tewksburry, à la fois refuge, hôpital et asile de fous, jusqu’à parvenir à convaincre un représentant du gouvernement, en visite dans l’établissement, de la placer à l’institut Perkins pour les aveugles. Cette école fut fondée en 1829 par John Dix Fisher après une visite à Paris, où le tout premier établissement de ce genre fut créé. Illettrée à son admission en 1880, Annie Sullivan sort major de sa promotion en 1886. Plusieurs interventions chirurgicales lui permettent désormais de lire. Le directeur de l’institut, Michel Agnanos, la porte en estime et ce malgré un caractère turbulent et farouche. À tel point qu’il lui confiera, à peine son diplôme en poche, le poste délicat de gouvernante d’Helen Keller. Avant l’arrivée d’Annie chez les Keller, la petite Helen n’avait presque pas de moyens de communication. Ses parents avaient inventé leur propre système rudimentaire de signes, car le langage des signes américain faisait appel à la vue. L’enfant, isolé, était totalement incontrôlable. Le roman graphique de Joseph Lambert débute lors de la première leçon qu’Annie lui dispense. La solitude d’Helen est figurée par de pleines pages de cases noires qui, petit à petit, se peuplent de formes, de présences et de mots. Très rapidement, Annie apprend à Helen à « épeler avec les doigts », une technique qui consiste à représenter chaque lettre de l’alphabet au moyen d’un signe de la main. Comme Annie à son arrivée à l’institut Perkins, la soif d’apprendre d’Helen est grande et les progrès sont fulgurants. Bien sûr, les difficultés sont nombreuses et Annie se confronte souvent à l’incompréhension des Keller face à ses méthodes d’apprentissage. Très vite, le cas d’Helen Keller passionne la presse, et les membres de l’institut Perkins ne voient pas d’un très bon œil la nouvelle notoriété d’Annie Sullivan. Jaloux, ils tentent de s’approprier à eux ses exploits en termes d’éducation. Malgré ce climat difficile, la maîtresse noue avec son élève des liens affectifs très forts qui dépassent de loin son rôle de préceptrice. La bande-dessinée de Joseph Lambert raconte surtout la genèse de la formidable histoire d’amitié qui unira les deux femmes pendant quarante-neuf ans, jusqu’à la mort d’Annie Sullivan en 1936. Toute leur vie, elles se battront côte à côte pour faire avancer le droit des femmes.

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