Dossier Django du voyage de Dorothy-Shoes

Par Roxanne Moreil, Librairie la Manœuvre, Paris 11e

Alors que le discours politique sur la communauté rom se dégrade, les publications autour du sujet se multiplient. À travers la réédition de Gitans et la publication de Django du voyage, la vie dans les marges nous apparaît plus familière.

Publié pour la première fois en 1975, Gitans, la fin du voyage bénéficie d’une nouvelle édition pensée par le photographe lui-même il y a des années de cela, avant sa fuite de Tchécoslovaquie, et augmentée d’une quarantaine de clichés. Dans sa préface, Robert Delpire expose le caractère inhabituel de ce travail pour lequel il n’a collaboré ni à la maquette ni au choix des images. Exception justifiée par la fidèle amitié qui le lie au photographe depuis plus de trente ans, alors qu’il était immigré politique à Paris. La présente version compte donc 109 clichés pris entre 1962 et 1971 dans la Tchécoslovaquie d’alors (Bohême, Moravie et Slovaquie), en Roumanie, en Hongrie, en France et en Espagne. Véritable plongée dans la vie des Tziganes, ce travail dépeint un peuple hésitant entre gravité, joie intense et tragédie. Sous l’œil dévorant du photographe, les visages burinés s’animent et s’émeuvent. Ces clichés pleins de rage et de justesse montrent des hommes qui se démènent aux portes de notre société pour avoir le droit d’exister.

La jeune photographe autodidacte Dorothy-Shoes enfonce le clou avec un reportage tout en grâce et en poésie. Réalisée en 2010, cette série présente le quotidien d’une famille de gitans vivant en Indre-et-Loire. A contrario du travail de Koudelka, texte et photographies ont la même importance. Autour de sa rencontre avec le jeune Django, Dorothy-Shoes prend des notes, retranscrit impressions et discussions. Sans détours, elle prête sa voix à cette famille ignorée et rejetée avec la volonté de « détruire les murs » et de mettre en lumière ce qu’il y a de beau dans ces vies que nous ne voulons pas voir. Au-delà du discours politique, il est question d’une amitié atypique et sincère que le lecteur est délicatement invité à partager.

Il s’est passé presque quarante ans entre la réalisation de ces deux reportages et pourtant ils semblent montrer une réalité analogue. C’est grâce à l’implication de ces artistes que l’espoir d’une vie meilleure subsiste pour ces citoyens singuliers.

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