Entretien California dreamin’ de Pénélope Bagieu

Claire Rémy Librairie Maupetit (Marseille)

« California Dreamin’ », « Dream a little dream of me »… des classiques que tout le monde a fredonnés un jour ! Mais derrière les tubes se cachent surtout une voix et une personnalité : Cass Elliot. Découvrez une femme au grand cœur, qui donna tout, tout le temps, et se laissa porter par ses pulsions pour croquer la vie à pleines dents !

Page — Comment vous est venue l’idée de vous pencher sur la vie de Cass Elliot et plus simplement au départ d’Ellen Cohen ? The Mamas and The Papas, c’est un groupe qui a toujours fait partie de votre playlist ?
Pénélope Bagieu — Comme tout le monde, je connaissais la chanson « California Dreamin’ » et quelques autres gros tubes des Mamas and The Papas, mais pas forcément beaucoup plus. Leur mythologie est assez amusante : le fait que le groupe soit constitué comme un vaudeville, avec un couple marié, un amant, une amoureuse transie et malheureuse. Et puis la voix de Cass est celle qu’on remarque tout de suite sur cette chanson, celle qu’on retient, celle qui fait la chanson en fait. Quand on regarde une photo du groupe, c’est aussi Cass qu’on remarque le plus. Et c’est encore plus flagrant en vidéo, où elle est si charismatique et solaire qu’on ne voit qu’elle.

P. — Vous dites avoir lu pas mal d’ouvrages sur le groupe et Cass Elliot ? Avez-vous pris beaucoup de libertés avec la réalité, notamment dans les détails intimes ou les petites anecdotes ?
P. B. — Je me suis surtout documentée sur l’ambiance de l’époque, plus que sur elle. Et en lisant des témoignages et des biographies d’autres personnages de l’époque, des chanteurs, des producteurs, il y a toujours un moment où Cass apparaît en arrière plan : elle était partout, elle était copine avec tout le monde. Comme je ne voulais surtout pas faire une biographie, j’ai au contraire essayé de ne pas trop me documenter sur elle, car ce que je voulais avant tout, c’était combler les blancs, broder autour du peu d’éléments dont je disposais (du fait qu’elle n’est pas très connue), et surtout inventer ma Cass. C’est aussi pour cette raison que l’histoire s’arrête quand la chanson « California Dreamin’ » devient un tube, que la jeune femme devient une star, un personnage public, quand Ellen Cohen devient Mama Cass : c’est à partir de là que ce n’est plus mon histoire, mais la réalité, et que ça m’intéressait moins.

P. — Il y a une réelle évolution dans votre dessin, avec l’utilisation du noir et blanc, évidemment, mais on sent également un trait plus lâché. Tout en retrouvant votre patte, j’ai trouvé dans le trait un vrai côté « BD indé américaine ». Votre installation à New York a-t-elle influencé votre façon de dessiner ?
P. B. — Je ne suis pas sûre, parce que 95 % de cet album a été dessiné à Paris ! (J’ai écrit le storyboard quand j’étais en voyage à New York il y a deux ans, mais tout le reste a été dessiné quand je suis rentrée à la maison.) En revanche, c’est sûr que mon trait est beaucoup plus lâché et spontané avec le crayon, car on ne peut pas faire autrement avec cet outil. Il faut accepter et de perdre le contrôle et toutes les imperfections qui y sont liées. Et c’est finalement très libérateur. J’avais envie de créer une unité de temps avec ce rendu graphique, car l’histoire s’étale sur trois décennies.

P. — Au final, au-delà de la musique, c’est un beau portrait de femme, passionnée et amoureuse, que vous avez voulu raconter, non ?
P. B. — Bien sûr ! Sa carrière de chanteuse n’est qu’un prétexte : ce que je voulais raconter, c’était sa détermination, sa ténacité et sa passion. Cette petite fille qui va devenir une chanteuse connue, alors qu’elle n’est pas née dans le bon milieu, qu’elle n’a pas la bonne forme de beauté pour l’époque, pas la bonne voix, qu’elle n’aime même pas la bonne musique, mais qui ne cède à aucune concession pour autant, qui ne change rien à son plan de départ, tout en étant brisée intérieurement par des années d’humiliations et d’amour à sens unique. Je voulais qu’à la fin de ma BD, on aime profondément cette femme. Et qu’on ait envie de se jeter sur sa musique pour l’entendre ! C’est pour ça que j’ai intégré une suggestion de chansons à écouter, à la fin de l’album.

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