Dossier Provence de Jean Giono

Par Daniel Berland, Librairie Coquillettes, Lyon

Que sa venue enchante ou angoisse, Noël est une fête, un rituel qui ne laisse personne indifférent. Pour ceux qui trépignent d’impatience et pour ceux dont l’angoisse grandit chaque jour à son approche, voici quelques guirlandes et étoiles littéraires pour se préparer au meilleur comme au pire.

Les sentiments particuliers que nous entretenons avec Noël peuvent prendre leurs racines aussi bien dans l’imaginaire, la naïveté, les féeries… que dans les angoisses de notre enfance. Une spécificité qui n’a pas échappé aux écrivains pour lesquels, cette nuit extraordinaire, entre miracles et drames, devient le théâtre privilégié de doux contes ou d’inquiétantes psychoses familiales, voire le théâtre privilégié d’existences hantées par les démons du passé.

Sur cette scène, Un chant de Noël de Charles Dickens est le conte le plus populaire. Les aventures de Scrooge, vieillard acariâtre et égoïste conduiront l’homme, à travers les visites successives de trois fantômes, à se pencher sur son enfance, sa vie et sa fin annoncée. Un voyage fantastique et initiatique qui s’apparente à une introspection et symbolise cette traditionnelle trêve rédemptrice qui nous invite, durant quelques heures, à retrouver nos âmes d’enfants pour réexaminer l’éthique qui sous-tend nos vies et nos choix d’adultes.

Dans L’arbre de Noël et le mariage, la fillette de Dostoïevski échappera malheureusement à cette trêve de Noël et se remémorera longtemps, avec une puissante amertume, ce réveillon maudit qui aura déterminé son triste destin. Avec son art coutumier pour dépeindre les sombres méandres de l’âme humaine, l’écrivain russe éclaire ici cet implacable fossé entre l’avidité calculatrice des adultes et l’innocente candeur des enfants.

Plus au sud, c’est dans le décor d’une crèche et au côté d’une fille de mauvaise réputation que nous convie Jean Giono. Grâce au poète et à l’occasion d’un Noël provençal, pourtant bien loin des garrigues et des oliviers, c’est toute la force d’un imaginaire d’étoiles et de bouts de ficelles qui nous transporte. Plus qu’une célébration de fête religieuse ou de rituel païen, la construction de la crèche et la disposition des santons ouvrent la porte à des propos nostalgiques et à l’universalité de toutes les enfances enfouies.

Qu’il est nostalgique aussi, cet ancien militaire russe du Réveillon du colonel Jerkof, de Joseph Kessel ! Cet homme, loin de ses racines, s’ennuyant comme manœuvre dans une librairie parisienne et se préparant à célébrer en solitaire, chez lui, cette soirée, repense à sa folle jeunesse, à ses origines, à ses amis et aux joyeux réveillons passés auprès d’eux… lorsque, sur un coup de tête, submergé par le doux souvenir de la féerie, il fait soudain le choix de dilapider ses maigres économies pour tenter de retrouver un semblant d’autrefois ; sans deviner à quel point son vœux sera exaucé…

Le topique de la solitude du soir de réveillon, et plus généralement des périodes de fin d’année, est récurrent en littérature comme au cinéma (qui n’a ici en mémoire La Vie est belle de Frank Capra ?) Une solitude que regrettera sans doute celui qui fait le choix de passer cette « Nuit de Noël » en compagnie de Guy de Maupassant. L’homme apprendra à ses dépens, tout en voyant ses vœux exaucés au centuple, que réveillonner dans la volupté des bras d’une callipyge fille de joie peut apporter d’étranges présents.

Entre nostalgie et mélancolie, c’est un Noël tragiquement chargé en émotions que la petite famille mise en scène par Luigi Pirandello dans son « Noël sur le Rhin » se refuse à célébrer. Les enfants, qui n’ont jamais connu la décoration du traditionnel sapin, vont pour la première fois, sous le regard angoissé d’adultes uniques témoins de l’histoire familiale, devoir conjurer la malédiction et se confronter au souvenir du drame et à la dure réalité de la mémoire.

Dans Un réveillon mortel, Alice Thomas Ellis franchit un pas supplémentaire vers l’humour noir et l’absurdité des solitudes contrariées. Lorsqu’un gérant de pub écossais décide, pour faire refleurir ses affaires déclinantes, d’organiser un réveillon spécialement pour célibataires, il ne peut imaginer la tournure tragi-comique que vont prendre les événements. Cinq personnages hauts en couleur répondront à cet appel iconoclaste. Entre situations burlesques et dialogues très épicés, Ellis nous convie à un réveillon à l’humour mortel hautement british et extrêmement corrosif.

Si l’ambiance de Noël est peu présente dans le sublime roman de Göran Tunström, elle n’en est pas moins le point de départ de cette grande saga familiale. En chemin pour la représentation d’un oratorio de Noël qu’elle travaillait depuis des années, une mère décède en se faisant piétiner, ironie du sort, par le troupeau de vaches de son mari. Et c’est à partir de ce drame que toute l’histoire d’une famille, sur trois générations, se révèlera à travers une prose poétique, chaleureuse et volubile, dans un incroyable oratorio littéraire !

N’en doutez pas, que vous aimiez ou que vous redoutiez cette fête, que les réunions familiales vous apaisent ou vous angoissent, ces lectures de l’Avent vous aideront à conjurer vos craintes, à vous entraîner au bonheur et à entretenir, ou réveiller, l’âme d’enfant qui demeure, toujours sommeillante, en vous. Car nous savons tous que les miracles existent et que c’est bien de la littérature qu’ils jaillissent !

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