Chronique Du temps qu’on existait de Marien Defalvard

DANIEL BERLAND, Pigiste ,

On dit que ce livre est un premier roman et qu’il a été rédigé entre 16 et 18 ans par un auteur qui en a aujourd’hui 19. On dit aussi que le jeune homme vit hors du temps, 
reclus dans la littérature. Alors, et si tout ce qui est dit est vrai, nous assistons en cette rentrée à la naissance d’un prodige de la littérature.


Du temps qu’on existait est un roman remarquable pour maintes raisons : sa densité littéraire hors normes nous surprend d’emblée, comme si un certain art classique de l’écriture et de sa rhétorique revivait de ses cendres. « Il y a les temps. Il y a moi, maintenant, qui vais me soustraire. Lui, je vais lui donner toute la place, la lumière. Il y a la vie. Et, comme on part de Coucy, et qu’on s’élance dans les années qui tassent, on s’envole. Ne vous inquiétez pas, je raconte simplement. » L’homme, la quarantaine d’origine aristocratique, se raconte en souvenirs et en paysages à travers son itinérance : Saclay, Coucy, Paris, Strasbourg, Nancy, Orléans, Lyon… Son regard intime et réflexif sur son quotidien, son parcours et ses amours masculines sont une tentative à la fois amère, ironique et profonde d’édifier littérairement sa vision de la vie, de la mort, de l’immuable temps qui passe dans un contemporain qui lui reste étranger. « Si tout pouvait être tiède, et parfois chaud, et deux fois brûlant, ce serait parfait. Je n’ai jamais demandé grand-chose ; mais je n’ai eu que les miettes. Regardez-les, regardez sur la nappe, je les ai éparpillées devant vous. Mais à la fin du livre, quand même, vous aurez faim. » L’écriture précise et minutieuse de Defalvard est étincelante. Sa description des paysages, des villes et des campagnes traversées ou habitées, son analyse de la comédie humaine croisée ou côtoyée paralyse d’envoûtement. « La littérature, c’étaient des gens qui avaient essayé de monter la machine, qui n’y étaient pas parvenus, et qui venaient enquiquiner le service après-vente ; l’un se plaignait de tel boulon, l’autre des instructions, l’autre de la garantie, et le dernier derrière, avec la moustache, du prix des réparations. En aucun cas ils ne nous expliquaient comment monter la machine : ils ne savaient pas, personne ne savait. » Pourtant, nous pourrions bien, contaminés que nous sommes par ce pessimisme et ce scepticisme ambiant, nous laisser tenter par le doute… Douter que ce roman puisse véritablement être le premier d’un jeune homme de 18 ans, tant l’objet est abouti, tant la maturité de l’auteur laisse sourdement entendre qu’il a déjà vécu sa vie.

Quant à moi, je souhaite personnellement croire qu’il est encore possible, de nos jours, qu’un jeune homme ait, par la grâce de ses lectures, « plus de souvenirs que s’il avait mille ans », et qu’un jeune homme puisse encore avoir du talent. J’ai donc envie de croire au cas Defalvard et à la naissance de ce prodige.

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