Chronique L’Île Louvre de Florent Chavouet

Mélanie Blossier Librairie Doucet (Le Mans)

« Missionné par le service culturel de La Cité du Futur pour rendre compte du plus grand musée du monde », Florent Chavouet nous offre en cette fin d’année un carnet de voyage, moins exotique mais tout aussi intéressant que ses précédents textes. L’Île Louvre est publié en coédition par Futuropolis et Louvre éditions.

Nous avons tous une bonne raison d’aller au musée. Qu’il s’agisse d’une sortie scolaire obligatoire, d’une façon de s’occuper le week-end en famille ou en solitaire. Loin du Japon qu’il nous a fait découvrir dans Tokyo Sanpo et Manabé Shima (Philippe Picquier), Florent Chavouet croque ici le Louvre, ses coulisses, ses œuvres les plus célèbres, ses employés et, surtout, ses visiteurs… c’est-à-dire nous ! Une chose est sûre, le lecteur reconnaît forcément, si ce n’est lui, une personne de son entourage parmi les portraits qui défilent au long des pages. L’auteur a choisi de suivre des visiteurs et d’écouter leurs commentaires face à des œuvres d’art, ou de représenter des situations comiques spontanées, ou racontées par des gardiens. Le musée étant immense, le lecteur sourit donc en proportion, tout en (re)découvrant des tableaux, des statues et des décors que Florent Chavouet reproduit à foison et avec un grand souci du détail. La visite commence avec un couple de « petits vieux » aussi attachants qu’amusants, par leurs remarques anecdotiques telles que : « c’est bien astiqué. Ça devrait servir pour la mousse au chocolat. » Ou pleines de poésie, comme face à une collection de mappemondes : « c’est beau ces petits ensembles. Un résumé du Louvre : la terre dans une vitrine ». Comme l’art a le pouvoir de rassembler toutes les générations, nous avons le plaisir de lire les remarques des enfants ou ceux qui le sont encore un peu avec leurs commentaires puérils ! Les scènes de nudité suscitent les dialogues de couple les plus drôles : « Regarde, il s’appelle comme toi », dit une femme à son mari en parlant du personnage Roger. « Oui mais t’es pas Angélique », lui répond-il en parlant du personnage d’Angélique, nue et délivrée par le dit Roger. L’un des personnages les plus intéressants est probablement Gilles, gardien au musée depuis plus de quinze ans, qui nous révèle certains aspects du règlement, très strict, de même que les divers rôles du gardien, comme celui de vérifier régulièrement, grâce à des photos mises à sa disposition, certains détails des œuvres pour s’assurer qu’il n’en manque pas un bout. Comme il l’explique lui-même, il est fréquent de retrouver des doigts de statues dans les poches des visiteurs, sans pour autant que ce soit du vol : « C’est juste qu’ils les cassent en les touchant. Les Chinois veulent souvent vérifier si ce sont des vraies œuvres qui sont exposées ». En plus d’imaginer un « taboulé de beaux-arts », Florent Chavouet s’amuse à représenter le Louvre comme une île sur laquelle débarque chaque jour un immense flot de visiteurs (29 000 en moyenne)… et le risque minime (une chance sur cent) d’une crue centennale de la Seine qui inonderait les lieux. Cette BD, véritable carnet de voyage, nous invite à retourner au musée du Louvre, afin d’observer, cette fois non pas les tableaux, mais ses « charmants » visiteurs. Grâce à son coup de crayon, Florent Chavouet nous transporte, nous instruit et nous fait sourire, que nous soyons amateur d’art ou pas.

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