Polar

Thomas Cantaloube

Les Trente Glorieuses

✒ Éric-Michel Tosolini

(Librairie Alès Librairie, Alès)

Journaliste de formation, Thomas Cantaloube, romancier scrupuleux, après une escapade avec La Fille du poulpe et les aventures des Mouettes, revient dans la « Série noire » et nous régale avec Les Trente Glorieuses.

Les Trente Glorieuses est un immeuble de Marseille, un des chefs-d'œuvre du brutalisme français où, depuis la mise en service des premières unités d’habitation en 1952, la vie semble paisible. Un jour de 2022, des enfants découvrent en jouant deux cadavres dans une cave. Un homme les observe depuis son balcon et la concierge veille. L’alerte est déjà donnée. Une fonctionnaire intègre des services du logement social de Marseille va vite se heurter à un inspecteur de police et à son supérieur hiérarchique. Les fondations de ce que les Marseillais appellent aussi la « Maison du fondu » seraient-elle pourries ? Telle est la question. Cantaloube peut alors tisser sa toile entre les années 1950 et 2020 pour prendre dans ses rets des générations d’entrepreneurs cupides, de flics véreux, de journalistes serviles et de politiciens pervers (les qualificatifs pouvant être interchangés). Leur style les oppose mais leurs manières sont tout aussi semblables et prévisibles. Non nova sed nove. Coups de griffes, baffes et coup de pied de l’âne : comme en passant, l’auteur joue, en s’appuyant comme toujours sur une doc en béton, n’épargne personne mais jamais ne sombre dans le « tous pourris ». Trop facile ! Pour décrire sans aigreur et dénoncer sans nausée la corruption, les abus de bien sociaux, les détournements de fonds publics, les manœuvres dilatoires ou les crimes de sang, Cantaloube, qui a baroudé, a monté une équipe de mousquetaires aussi baroques que redoutables. Ces quatre « fouille-merde » sont la joie, l’humour et l’honneur d’un monde de passions tristes, où la vanité le dispute à la vénalité. Nos héros arrêteront-ils à temps la « pompe à phynance » et confondront-ils ceux qui l’activent, fussent en manœuvrant un youtubeur ? L’avenir nous le dira.

Les autres chroniques du libraire