Chronique La Douceur de l’ombre de Alain Corbin

Éric-Michel Tosolini Librairie Sauramps-en-Cévennes (Alès)

D’Homère à Heidegger, des prophètes de la Bible à l’auteur de L’Origine des espèces ou de Pline à Penone, Alain Corbin déroule dans ces pages, avec beaucoup de délicatesse et de méthode, la longue « Chaîne d’Or » du lien immémorial qui relie l’arbre à l’homme.

Alain Corbin, historien de la sensibilité, du corps et des gestes du quotidien, a sans doute toujours cheminé et écrit en compagnie des arbres. De l’arbre le plus banal du bocage normand où il a grandi, « qui ramène nos pensées vers les jeux de l’enfance et les premiers choix », aux arbres de la connaissance les plus sophistiqués des chaires universitaires où il enseigne, « qui poussent la pensée à s’élancer dans une quête infinie », la permanence de l’arbre, de tous les arbres, semble s’être imposée à lui, à la fois étrange et familière. Vivante. D’un pas allègre, l’auteur se promène et nous entraîne dans les œuvres des écrivains, des peintres, des sculpteurs et des photographes qui ont su « voir l’arbre » dans sa splendeur sidérante comme dans son horreur fascinante, qui ont eu le génie de déceler les riches et fortes émotions éprouvées par l’homme en sa présence. Objet d’étude universel aussi singulier qu’un sujet humain, l’arbre, si l’on suit l’historien, révèle le vrai visage de la profonde et tragique tension qui les anime l’un et l’autre. Entre envol et enracinement, raison et passions, beauté et nausée. Au plaisir que l’on prend à accompagner l’historien dans son périple, s’ajoute le bonheur de la découverte de deux livres récents qui prolongent son travail. Le Grand Orchestre animal (Flammarion) de Bernie Krause confirme que l’arbre parle à l’homme capable d’entendre « le chêne au bord du chemin ». Le catalogue de l’exposition De l’Allemagne (Hazan/Musée du Louvre) présentée au Louvre jusqu’au 24 juin, au-delà des polémiques un peu stériles qui la parasite, est truffé de reproductions des œuvres de Carus ou Friedrich, qui disent le « choc » de la rencontre de l’homme avec l’arbre. Souhaitons aux lecteurs de goûter dans La Douceur de l’ombre au plus beau des fruits de l’arbre, le livre, et à celui-ci en particulier, qui lui est dédié.

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