Chronique Le Tour du monde du roi Zibeline de Jean-Christophe Rufin

Betty Duval-Hubert Librairie La Buissonnière (Yvetot)

Voici le portrait flamboyant et généreux d’un grand explorateur du xviiie siècle, un homme peu ordinaire habité par les vertus humanistes chères à Jean-Christophe Rufin : Maurice Auguste Benjowski fut un homme ouvert sur le monde, altruiste de conviction, sachant s’insurger contre la bêtise du pouvoir absolu, prônant l’indépendance des États et des peuples, l’autonomie et le savoir partagé.

Habilement, le lecteur est projeté dans un roman d’aventures fascinant de péripéties et de rebondissements spectaculaires par une introduction menée tout en douceur. Guidé par la prose enthousiasmante de l’auteur, le lecteur se laisse porter, voire bercer, par les cahots, les trots, les marches diverses, les flots, au gré des expériences vitales, parfois dangereuses, vécues par Maurice Auguste Benjowski. Qui était donc cet homme fort célèbre au XVIIIe siècle, presque oublié ou ignoré au XXIe siècle ? Dans un récit à double voix alternées, s’employant à mêler véracité et fiction, Jean-Christophe Rufin expédie le lecteur au cœur du siècle des Lumières riche en savoirs, ouvert sur le monde et rêvant d’expéditions. Issu d’une famille de la noblesse hongroise, le jeune comte Benjowski est tôt initié au maniement des armes en même temps qu’il aborde le continent infini du savoir, de l’érudition, l’exploration de la langue française, les délices de la philosophie, le choix du libre-arbitre. Son précepteur, un homme affable et discret, n’aura de cesse de lui enseigner les préceptes de Voltaire, l’engageant à penser par lui-même, à devenir un homme libre sans trop de contraintes ni soumission, à prendre son destin en main. Les fondements de son éducation sont ainsi posés et lui serviront tout au long de son existence. Devenu guerrier malgré lui en Autriche puis en Pologne, il s’imposera en homme fiable, droit et exigeant. Fait prisonnier par les Russes, on le retrouve en Sibérie où commencent véritablement ses aventures extraordinaires, invraisemblables et exaltantes. Épris de liberté, appelé par les horizons qui s’ouvrent à lui, il s’enfuit et, accompagné d’un équipage formé hâtivement, il part naviguer sur ces espaces maritimes méconnus riches de secrets, de rencontres et de périls. Dans ces pages flamboyantes, proches des grands récits d’aventures et de pirateries qui ne cessent de nous fasciner, Jean-Christophe Rufin expose la grandeur du personnage, sa droiture et sa magnificence. Son périple en mer de Chine depuis l’échappée de Sibérie lui fournit une matière géographique et maritime savante qu’il transcrit méticuleusement, complétant ainsi les connaissances de navigation de l’époque. Détenteur de ce savoir précieux encore secret et désireux d’amplifier ses recherches, en vue de connaître et d’approfondir de nouveaux territoires inexplorés, inexploités, il pénètre, confiant, à la cour du roi de France. Le cheminement est tout aussi périlleux et complexe que le voyage qu’il vient d’accomplir. Les voies du pouvoir, de la monarchie absolue sont sinueuses et retorses. La confiance n’est qu’apparente. L’île de Madagascar semble mirifique et le projet d’y étendre des comptoirs marchands, de servir les desseins royaux enorgueillissent notre héros. Vous découvrirez alors dans quelles étranges circonstances, Auguste Benjowski est devenu roi de Madagascar, terre fertile de dangers et de secrets sauvagement préservés. Jean-Christophe Rufin dresse une biographie romancée qui lui ressemble, celle d’un homme imprégné de doutes et de gloire jusqu’à la chute et l’oubli : le roi Zibeline ou le précurseur de la liberté sur l’île de Madagascar.

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