Dossier La Revue dessinée de Collectif

Roxanne Moreil Librairie La Manœuvre (Paris 11e)

Depuis la création de la revue XXI en 2008, les Mooks ont envahi les tables des librairies en proposant toujours plus d’alternatives aux magazines vendus en kiosque. Du reportage à la littérature en passant par la musique, chaque champ de la création est désormais représenté. Un phénomène qui touche aussi la bande dessinée, qui propose cet automne deux revues très attendues.

La presse et le dessin ont toujours entretenu un lien étroit. Dès le xixe siècle, on trouve des exemples de journaux populaires commentant l’actualité en images. Depuis l’arrivée des Mooks dans le paysage journalistique, la bande dessinée de reportage est omniprésente, si bien qu’on peut désormais parler d’un genre. Si cette nouvelle forme de journalisme ne venait jusqu’ici qu’agrémenter les pages de nos revues préférées, elle s’émancipe désormais grâce à la création de La Revue Dessinée, un trimestriel créé par six auteurs de bande-dessinée qui ont pour mot d’ordre de « parler du réel, et seulement du réel ». Franck Bourgeron, Kris, Sylvain Ricard, Olivier Jouvray et Virginie Ollagnier nous présentent 226 pages de reportages dessinés accompagnés de références bibliographiques et de repères chronologiques, qui ne sont pas sans rappeler le modèle instauré par XXI, 6 mois ou Feuilleton. Pour ce premier numéro, Jean-Philippe Stassen nous entraîne dans le quartier de Matonge, à Bruxelles, où les ressortissants congolais et rwandais cohabitent au rythme des relations qu’entretiennent les capitales de leurs pays d’origine. Marion Montaigne nous présente quant à elle la ménagerie du Jardin des Plantes et interroge les rapports révélateurs que les humains entretiennent avec les animaux en captivité, et Jorge Gonzalez nous raconte le 11 septembre 1973 au Chili, jour du putsch qui renversa le gouvernement de Salvador Allende. Ces reportages affirment la singularité du regard des auteurs de bande dessinée sur le réel ; La Revue Dessinée semble enfin leur offrir l’espace d’expression qui leur manquait. Par ailleurs, Lewis Trondheim, qui dirige depuis plusieurs années la collection « Shampooing » chez Delcourt, lance cet automne la revue Papier. Créée en réaction à l’arrivée en masse des médias numériques, sa ligne éditoriale se démarque par la publication d’auteurs de sensibilité et de styles très différents, confirmés ou non. Son format poche désacralise l’objet livre et les récits, souvent brefs, sont très libres. La revue offre un nouveau souffle aux « feuilletons » et se définit comme un terrain d’expérimentation et d’amusement. Très liées aux auteurs du catalogue Delcourt, la revue Papier se place dans la lignée de la désormais mythique revue Lapin des éditions l’Association, qui change à nouveau de formule et revient elle aussi en septembre, mais sous le nom de Mon lapin. Sommes-nous en train d’assister à une révolution dans le domaine de la presse et de la bande dessinée ? Ces initiatives le laissent supposer ; elles annoncent en tout cas de beaux moments de lecture.

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