Chronique Celle que vous croyez de Camille Laurens

Catherine Florian Librairie Violette and Co (Paris 11e)

« C’est rien, c’est un écrivain. » C’est sur cette affirmation brutale que se clôt le brillant roman de Camille Laurens. L’auteure tisse sa toile autour du lecteur pour l’amener à réfléchir sur les rapports entre le virtuel et le réel.

Celle que vous croyez nous entraîne dans une histoire en abyme, à l’instar du film d’Alfred Hitchcock Vertigo. Il y est question d’amour, de désir, de folie, de manipulation, d’illusion. Le sort des femmes y est résumé par un lapidaire : « Hier fantasme, aujourd’hui fantôme ». Il s’agit bien là du thème central de Vertigo. Objets de haine, les femmes sont vouées à disparaître, symboliquement ou physiquement. Il existe un continuum de mort qui va de la femme cinquantenaire occidentale qui n’est plus monnayable à la foire aux désirs sur les réseaux sociaux, à la fillette vendue sur un marché de l’Afrique sub-saharienne, ou à la jeune femme indienne massacrée dans un bus. On l’aura compris, la romancière dénonce avec rage la condition universelle des femmes. Mais malgré la force du propos, son écriture reste élégante, voire légère. L’humour est distillé tout au long du texte, jusqu’à l’emploi, à plusieurs reprises, d’histoires drôles et saisissantes. Elle utilise une construction ludique et les codes du roman policier pour tenir le lecteur en haleine. Un même récit est raconté par différents protagonistes, dont chaque version est subtilement modifiée. L’emboîtement des points de vue laisse une sensation de vertige, pour reprendre le parallèle fait plus haut avec le film de Hitchcock. Le point de départ est celui d’une femme, Claire Millecam, universitaire de 48 ans, qui crée sur Facebook un avatar, Claire Antunès, fleur bleue de 24 ans, pour espionner un amant qui l’a délaissée. Le dispositif formel et l’histoire elle-même permettent de nous interroger sur ce qui relève de la fiction et de la réalité, en littérature en particulier et dans le monde en général. Les pistes ne sont-elles pas toujours brouillées ? Celle que vous croyez, ou le roman comme révélateur de la vérité.

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