Chronique Une femme avec personne dedans de Chloé Delaume

Par Catherine Florian, Librairie Violette and Co, Paris 11e

Elle est née de deux pères, Boris Vian et Antonin Artaud, dont elle tire son pseudonyme. Ses investigations, de livre en livre, sont une quête pour savoir où se situe son Je.

Elle voulait écrire un roman d’amour mais elle ignorait qu’en aimant elle pouvait à ce point perdre son identité. C’est bien la question essentielle que pose Chloé Delaume, tout à la fois « auteur, narratrice, héroïne » de cette Femme avec personne dedans : qui suis-je ? Mais l’autofiction n’est pas, contrairement à ce que dénoncent ses pourfendeurs, une démarche nombriliste, exhibitionniste ou thérapeutique. Delaume souligne, en effet, qu’une plaie seule ne suffit pas à faire de la littérature. L’autofiction est engagement politique, arme pour dissoudre les fictions collectives imposées. Le roman s’ouvre sur les accusations d’une mère rendant l’auteur responsable du suicide de sa fille qui s’était totalement identifiée à elle. Il se termine par une adresse au lecteur l’invitant à se réapproprier sa vie, à rester maître de son destin. Si ses livres sont hantés par des drames familiaux, la mort, la folie, la prostitution, il ne s’agit pas d’une œuvre du désespoir mais au contraire d’un formidable appel à la vie, la résistance, la liberté. L’humour et l’autodérision montrent toute la force, la générosité et l’élégance de la romancière. Il s’agit là d’échapper « aux valeurs et aux codes hétéro-normatifs », de se débarrasser sans culpabilité de « l’encouplement », de la maternité.

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