Littérature étrangère

Ian McEwan

Ce que nous pouvons savoir

✒ Margot Bonvallet

(Librairie Passages, Lyon)

Ian McEwan aime décidément ébranler ce que nous pensons savoir, en mettant en parallèle les croyances de deux époques différentes. Avec Ce que nous pouvons savoir, il nous offre encore un roman d’une grande ironie et d’une profondeur clairvoyante, qui continue de secouer et d’interroger, même une fois le livre refermé.

Ce que nous pouvons savoir nous projette en 2119, dans un Royaume-Uni submergé, reconfiguré en archipel, après une catastrophe climatique et nucléaire. Tom Metcalfe, professeur de littérature, se passionne pour un poème composé et lu une seule fois en 2014 par le poète Francis Blundy pour sa femme, Vivien, avant d’être détruit. À partir des archives et surtout des journaux intimes de Vivien, il tente de reconstituer cette œuvre disparue et, avec elle, l’histoire du couple. La deuxième partie du roman nous amène alors en 2014 et nous donne accès à la véritable histoire de Vivien, à son mariage avec un homme atteint de démence et à sa liaison secrète avec Blundy. Soudain, ce que nous pensions avoir compris se fissure. Bien que les sciences humaines soient une discipline moribonde au XXIIᵉ siècle, supplantées par les sciences dures et les technologies, Ian McEwan plante ce décor comme un miroir à notre époque pour explorer les limites de la connaissance humaine. Se tisse ainsi un récit à la frontière du thriller littéraire et de l’anticipation philosophique : nostalgie, mémoire, limites du savoir et morale se confrontent. Une tension très forte traverse ce roman et prend des tournants aussi inattendus que révélateurs. Que peut-on réellement savoir d’une époque que nous n’avons pas vécue ? Que savons-nous des êtres que nous aimons ? Et même documentés, accédons-nous jamais à la vérité puisque la vérité nous échappe toujours un peu et que quelques silences, quelques hésitations, peuvent suffire à faire basculer une existence ? Une façon de remettre en question l'infaillibilité du jugement historique, d’arpenter les zones d’ombre du passé et les conséquences parfois immenses de ce que nous faisons, ou ne faisons pas, et de rappeler, ainsi, le pouvoir de la littérature face aux crises existentielles et sociétales. Le temps et le réel mis à nu et réinterrogés ainsi, c’est de l’or littéraire !

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