Sciences humaines
Rithy Panh , Christophe Bataille
Quartier des fantômes
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Rithy Panh , Christophe Bataille
Quartier des fantômes
Grasset
07/01/2026
128 pages, 15 €
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Chronique de
Margot Bonvallet
Librairie Passages (Lyon) -
❤ Lu et conseillé par
2 libraire(s)
- Charles-Henri Bradier de L'Écritoire (Semur-en-Auxois)
- Marie-Pierre Mazeau-Janot de Les Ruelles (Périgueux)
✒ Margot Bonvallet
(Librairie Passages, Lyon)
Quel bouleversant retour du cinéaste franco-cambodgien au camp de torture et de détention du régime des Khmers Rouges, par ailleurs centre névralgique de l’appareil génocidaire de Pol Pot ! Avec cet ouvrage co-écrit avec Christophe Bataille, Rithy Panh poursuit son travail de mémoire.
L’histoire génocidaire du Cambodge traverse depuis plus de trente-cinq ans l'ensemble de l'œuvre de Rithy Panh, lui-même rescapé du génocide qui a décimé sa famille. Un film avait été fait en 2002, S21 – La Machine de mort khmère rouge. Ce livre est un retour nécessaire, aux yeux de l’auteur, dans les méandres de ce génocide dont la société cambodgienne souffre encore, et un retour sur les lieux du tournage de son film, aujourd’hui transformés en musée. Que faire avec cette douloureuse histoire ? Comment se souvenir sans rien effacer ? Retourner sur place est un pas difficile à faire, tout comme collecter les témoignages de victimes, de rescapés mais aussi de bourreaux. Écouter ce que le réel a été et continuer à le décrypter. Face au génocide et aux années écoulées, il faut peut-être réussir à tourner la page. Mais le minimum nécessaire du travail de mémoire permet d’éviter le déni et l’oubli, de raconter l’envers de la machine de mort, de l’intention génocidaire. Ce livre va plus loin que le simple travail de mémoire. De très belles pages sont consacrées à deux résistants, aujourd’hui décédés. Ce livre est un fin travail documentaire, documenté, par des archives et des images, racontées, collectées, agrémenté de souvenirs du tournage et d’extraits du Cahier noir, ce vade-mecum du parfait tortionnaire obsessionnel suivant les préceptes de Duch, le directeur du centre. Ce texte évoque précisément des faits historiques mais pose encore la question nécessaire de ce qu’on ne peut croire mais qui a été, en confrontant les récits à la force des images, au processus de construction d’une mémoire collective, comme une quête morale de « mots qui réparent ». Un travail fin, d’une finesse pure, d’une humanité pudique, d’une humilité sincère.