Chronique Au-delà des frontières de Andreï Makine

Pauline Girardin Librairie Les Beaux Titres (Levallois-Perret)

Dans nos temps troublés, il est à nouveau question d’ériger des murs. Or, le dernier roman d’Andreï Makine est une radicale invitation à voir, à passer, à être .

Avec un tel titre, on s’attend légitimement à ce que le propos romanesque soit politique, voire fortement ancré dans les soubresauts de notre temps. C’est bien le cas, grâce à ses trois personnages principaux : Vivien de Lynden, jeune idéaliste révolté et auteur d’un brûlot, Le Grand Déplacement ; l’écrivain plus mûr qui se retrouve en possession dudit manuscrit ; la mère de Vivien, revenue de tous les idéalismes humanitaires et taraudée à ce titre par une violente crise existentielle. Cependant, Makine nous désarçonne d’emblée. D’un chapitre à l’autre, il confronte les visions a priori antinomiques de ses deux écrivains. Le premier chapitre surprend, décoiffe, désarçonne : ça ne ressemble ni dans le ton, ni dans la forme, ni dans le contenu à du « Makine ». Le suivant nous permet finalement de retrouver son écriture et son univers. Acceptez de le suivre et se dessinera peu à peu un jeu de ricochets, comparable à une route en lacets qui mène au sommet. Vous vous retrouverez bien au-delà de ce que notre intelligence arrive à concevoir, au-delà de notre appréhension circonscrite du réel, vers les racines et la cime de notre condition humaine, si malmenée en ce premier quart de XXIe siècle. Si on peut regretter que le propos politique assèche parfois sa poésie singulière, on en retient surtout l’acuité implacable, la clarté éblouissante et la concision acérée. Une fois encore, Andreï Makine n’est jamais là où on le pense mais bien au-delà, avec ce style ineffable propre aux grands écrivains.

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