Chronique Une histoire du féminisme de Séverine Auffret

Pauline Girardin Librairie Les Beaux Titres (Levallois-Perret)

Pour une histoire, il faut des personnages. Cette Histoire du féminisme n’en manque pas : de Sapphô et Hypatia jusqu’à Benoîte Groult et Élise Thiébaut. Préfacée par Michel Onfray, qui met l’accent sur la déconstruction du mythe Beauvoir, Séverine Auffret met en perspective les conditions féminines dans leur pluralité.

Comment raconter une histoire du féminisme dans toutes ses nuances en « seulement » 600 pages ? En choisissant de combiner deux angles d’attaque pour organiser et articuler le propos. Le premier : dresser une chronologie aussi exhaustive que possible des idées féministes et du féminisme, de l’Antiquité jusqu’à nos jours. Le second : émailler cette frise de figures historiques, féminines bien sûr, et aussi masculines quand il y en a, et de la présentation des différents courants d’idées. Si l’on pourrait reprocher une rapidité, voire une superficialité, dans le traitement de certaines thématiques – ce que l’auteure reconnaît par ailleurs –, il faut cependant saluer l’ampleur des travaux de recherches et l’effort considérable de synthèse qui ont produit un tel ouvrage. D’une part, l’un des mérites d’une telle galerie de portraits est de nous faire découvrir (ou de rappeler à notre bon souvenir) des femmes remarquables – et remarquées en leur temps –, alors qu’elles sont souvent absentes des manuels d’Histoire. Ainsi la première des philosophes féminines qui nous ait laissé une œuvre à lire : Gabrielle Suchon, une nonne défroquée de Saumur au XVIIe siècle, pionnière scripturale dans la recherche d’une troisième voie en dehors du couvent et du mariage. L’autre avantage de cette kyrielle de personnalités est d’incarner toutes ces idées féministes dans autant d’exemples, et parfois même dans des corps masculins : Condorcet, Fourier, John Stuart Mill… Or, quoi de plus à propos que cette incarnation pour parler de la condition féminine et du féminisme ? D’autre part, l’intérêt de l’ordre chronologique réside bien sûr dans la possibilité d’embrasser l’évolution de toutes ces idées, mais aussi, dans un même mouvement, leur cheminement, leurs conditions d’émergence ou d’étouffement, et leurs mutations. Par exemple, la revendication de la liberté en tant que telle est l’apanage du XIXe et du premier XXe siècle, alors que celle de l’égalité est plutôt celui des années 1970 à nos jours – et ce n’est pas du tout le même rapport entre masculin et féminin qui est en jeu et questionné. Il s’en dégage très nettement qu’il n’y a de féminisme au sens historique qu’à partir du moment où « l’on passe des idées féministes [individuelles] aux actes collectifs » (p. 379) pour amender de facto cette condition féminine. Enfin, l’ouverture des derniers chapitres sur les problématiques contemporaines du féminisme (lutte contre l’excision, insurrections contre les violences sexistes), et notamment sur son internationalisation, se conclue par un vibrant appel à la construction d’une société à proprement parler « humaine », c’est-à-dire : la reconnaissance des différences, sexuées ou non d’ailleurs, et la recherche d’une harmonie qui se passerait de toute domination. On y trouve donc de quoi nourrir les réflexions et les actions que ne manquent pas de susciter certains débats actuels, et cette Histoire du féminisme est une belle passerelle vers d’autres lectures, comme par exemple La Révolution du féminin de Camille Froidevaux-Metterie (Gallimard).

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