Dossier Saisir de Jean-Christophe Bailly

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Anaïs Ballin Librairie Les Mots et les Choses (Boulogne-Billancourt)

Laissant derrière lui le tumulte de la rentrée littéraire, ses incontournables, ses polémiques, ses découvertes et ses trésors, septembre s’éteint doucement et fait place à l’automne. L’occasion d’une salutaire respiration avec Jean-Christophe Bailly.

Vous pourrez donc, en ce début d’automne, découvrir ou re-découvrir les fabuleuses Tuiles détachées, dans une édition revue et augmentée qu’ont eu la brillante idée de publier les éditions Christian Bourgois. La première parution de ce texte, on la doit au Mercure de France et plus particulièrement à Colette Fellous qui inventait et initiait alors la collection « Traits et portraits ». On y lira notamment Pierre Guyotat, Willy Ronis, Marie NDiaye, Chantal Akerman, Yannick Haenel ou plus récemment Christophe Honoré avec Mon Père. Près de quinze ans plus tard, voici donc une nouvelle publication d’un texte dont on ne se lasse pas. On y découvre une pensée toujours en mouvement, tendue vers un ailleurs, qui avance, chemine et se construit dans une effervescence continuelle. Comme l’instaurait la collection initiale, il s’agit bien là d’autoportrait et non d’autobiographie. La nuance peut paraître mince, pourtant, elle est ici immense. Jean-Christophe Bailly ne se raconte pas au sens littéraire ou littéral du mot, mais plutôt, il écrit l’espace de création littéraire. Il construit un chemin de pensées, un chemin des mots et de l’écriture, en l’occurrence, la sienne. À la lecture, on entend presque ses pensées se bousculer et s’entrechoquer, on suit du doigt les questionnements et les processus d’écriture, tout comme les tâtonnements, les hésitations. Il y est évidemment question de littérature, il est aussi question du lien entre le réel et la fiction, des pourquoi et des comment. On y croise Benjamin Walter, Giacometti, Baudelaire, Joyce ou encore Michel Leiris. Forme et fond, tout est captivant et l’on comprend aussi l’intérêt pour les éditions Christian Bourgois de publier cette nouvelle édition quand on saisit l’importance de ce qui lia Jean-Christophe Bailly et Christian Bourgois à la publication de Lenz. C’est un voyage, intérieur et universel que nous donne à lire Bailly. Et puisqu’il est question de voyage, il faut aussi noter et souligner la parution, dans la très belle collection « Fiction & Cie » du Seuil, de Saisir, quatre aventures galloises. Ici et comme nous l’indique le titre, l’auteur nous entraîne en terres galloises et dans un décor semble-t-il en tout point fait pour la littérature, à tout le moins, celle de Jean-Christophe Bailly. Il y questionne à nouveau l’infime frontière du réel et de la fiction à travers les destins de W. G. Sebald, de Dylan Thomas, d’un certain Thomas Jones à qui l’on doit ni plus ni moins que l’art moderne, et du média photographique à travers Robert Frank et Eugene Smith. Autant de trames qui donnent à l’auteur le terreau fertile d’une réflexion qui se veut continuelle et sans préconçus, et nous offrent la possibilité d’une immersion passionnante et dépaysante en tous points.

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