Chronique Reporter criminel de James Ellroy

  • James Ellroy
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Paul Gratias
  • Coll. «Rivages-Noir»
  • Rivages
  • 03/10/2018
  • 140 p., 13.50 €
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Initialement parus dans le Vanity Fair américain, Reporter criminel revient sur deux faits divers qui ont marqué l’Amérique. Voici donc du true crime, mais à la sauce Ellroy, reprenant les obsessions qui lui sont chères.

Le 18 août 1968, jour du célèbre discours de Martin Luther King, Janice et Emily, deux jeunes femmes, furent retrouvées mortes dans un appartement chic de Manhattan. La scène de crime est horrible. Pourtant, Ellroy déroule froidement les faits, enchaînant les informations sur les violences subies, les corps martyrisés. Son ton est sec, nerveux, comme le tac-tac d’une machine à écrire. L’empathie, les sentiments viennent ensuite. Un mystérieux « nous » – est-ce les policiers chargés de l’enquête ou simplement le peuple américain ? – s’émeut devant une telle barbarie. On idéalise les victimes, on fantasme même et, pendant ce temps, la justice s’emballe. Ellroy livre alors le récit d’une manipulation et l’acharnement sur George Whitmore, un jeune Afro-américain accusé du crime. Si le premier récit narre une bavure, le second évoque un égarement. Tout démarre à Los Angeles, dans une ruelle de West Hollywood, où gît le cadavre de l’acteur Sal Mineo. Encore une victime de la malédiction de La Fureur de vivre remarque-t-on, avant de plonger dans le passé de la starlette. Mais les indices sont maigres, on se soûle, on s’égare et l’époque n’aide pas. 1976, avec tous ces excès, écœure et déroute. L’affaire sera résolue, tout comme celle de Janice et Emily, mais pour « nous », lecteurs, ce n’est peut-être pas si important. Ce qui compte ici est de céder à la fascination, la même qui s’empare d’Ellroy lorsqu’il s’approprie un récit criminel. Ici encore, l’écrivain se trouve sur cette ligne trouble entre fantasme noir et réalité, équilibre que l’on apprécie tant chez lui. Il donne une profondeur au crime, qu’il utilise comme prisme pour regarder la société américaine dans les yeux. Le « nous » qu’il invoque pourrait bien être le chœur d’une époque, avec ses préjugés, ses vices et ses espoirs.

Anne-Sophie Rouveloux Librairie L’Écriture (Vaucresson)

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