Chronique Le monde n’existe pas de Fabrice Humbert

Avec son nouveau roman, prenant et divertissant, Fabrice Humbert ouvre une fenêtre sur des problématiques contemporaines et un questionnement encore plus profond : qu’est-ce que cela veut dire, « être au monde » ?

Adam, journaliste au New Yorker, découvre sur les écrans de Times Square un visage connu. Ethan Shawn, aujourd’hui recherché pour le viol et le meurtre de la jeune Clara Montes, était son ami, vingt ans auparavant. Ou tout du moins, ils avaient suffisamment échangé pour qu’Adam soit encore hanté par le physique parfait du jeune homme et son aisance naturelle. Rapidement, sa décision est prise. Face à la vindicte des journalistes, notre héros décide d’écrire sur le cas Ethan. Il veut étudier la « machine médiatique » et faire la vérité sur l’affaire, car il est sûr d’une chose : Ethan est innocent. Adam retourne alors à Drysden, ce « trou » où il a passé les cinq pires années de sa vie. Ses certitudes vont vaciller. Tout semble le faire reculer dans sa démarche. De nouvelles preuves font irruption sur la toile et les médias s’emballent. Ceux qui connaissaient Clara mentent délibérément aux journalistes, tandis qu’Adam peine à être pris au sérieux, à l’exception peut-être de la femme d’Ethan. Pire, notre héros a l’impression d’évoluer dans un film, entouré de personnages. Adam doute, du vrai, du faux. Il ne sait finalement plus comment se situer dans toute cette histoire. C’est alors que les questions contaminent le lecteur. Après tout, on sait qu’Adam a changé de nom, d’identité, certes pour se reconstruire, mais après tout, est-il vraiment fiable ? Et ces gens qui s’acharnent à lui vouloir du mal, précisément, à lui. Le climat d’étrangeté est là. On pense à Twin Peaks, à cause de ce village et de ses étranges habitants, comme cet homme qui filme tout. Il ne faut pas en dire plus et laisser la suite de l’enquête au lecteur pour suivre les traces d’Adam, en prenant garde à la chute finale. Le roman tend vers le thriller, mais c’est aussi une quête de sens, dans une époque où les écrans sont si présents que le reste du monde devient secondaire, presque virtuel. Le roman porte en lui une dimension presque philosophique, à travers le questionnement d’Adam. Comment trouver sa place dans ce monde ? Comment être sûr que l’on existe ? Et d’ailleurs, dans notre monde moderne, qu’est-ce que cela veut dire, exister ?

Anne-Sophie Rouveloux Librairie L’Infinie Comédie (Bourg-la-Reine)

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