Chronique Le Marcheur de Fès de Éric Fottorino

Nadège Badina Librairie Majuscule Birmann (Thonon-les-Bains)

En 2010, Éric Fottorino publie Questions à mon père (Gallimard). Ce récit n’est pourtant que le prélude à une myriade d’interrogations. Il décide de parcourir Fès à ses côtés, le père et le fils comme « deux oranges, au fond d’un panier de raphia. »

Fès, ou Fass, la « pioche », qui recèle en ses souterrains le symbole de la fondation du royaume du Maroc, cache bien plus que du merveilleux… En réalité, elle dissimule l’histoire d’un Juif du Maroc qui, dans l’exil, n’a jamais cessé d’être ni juif, ni marocain. Elle révèle le parcours de Moshe-Moïse, le fassi qui est devenu Maurice le Français. Éric Fottorino aurait dû faire cette découverte en compagnie de son père, mais une vertèbre mal en point contraint ce dernier à rester immobilisé. Fottorino doit façonner seul cet univers disparu. Ou presque. Au gré des souvenirs, tout en délicatesse et révélations, accompagné d’amis d’enfance et suivi par le lecteur, l’aventurier marche. Le marcheur traverse les souks et la médina, il contemple le cloaque de l’oued à l’eau glacée où, enfant, son père se rêva champion de natation du Maroc, il s’arrête devant l’Urbaine, un immeuble d’où Maurice jeta son talet, son écharpe de prière, pour dire non à la religion. Et puis il s’introduit dans la plus ancienne maison close de la ville, où les jeunes femmes faisaient danser l’étudiant de l’époque avant de l’élever vers d’autres cieux. La plume est à l’image de la déambulation : sinueuse. Pourtant, la description est méticuleuse et aucun détail n’échappe à l’écrivain. La cohabitation des religions imprègne ces lignes, comme celle des vivants et des morts, qui sont « comme ces étoiles dont la lumière continue de briller après qu’elles ont disparu. » Ainsi, il remonte doucement la nervure de l’arbre généalogique de son père, sa sœur Ninette, la petite insolente malade, son père Mardochée qui attendait que trois étoiles s’allument dans le ciel pour s’allumer une cigarette, son grand-père Yahia le Berbère, qui épousa la nièce du grand rabbin… Surtout, il saisit cette envie de France. Une vraie marche des émotions.

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