Chronique Le Livre rouge de Carl Gustav Jung

NADÈGE BADINA, Librairie Le Square, Grenoble

Parce qu’une vie peut changer en un flash, Meaghan Delahunt transforme sa plume en appareil photo, et… loin d’immortaliser le temps, elle le rend encore plus crépitant !

Le Livre rouge est d’abord l’histoire d’une fuite. L’album de trois renouveaux. Pour Françoise, photographe australienne qui participe à un projet de commémoration de la catastrophe survenue à Bhopal en 1984, ce renouveau consiste à « Être ailleurs ». Pour Akay, vagabond écossais qui essaye vainement de se détacher de l’alcoolisme en suivant la voie du bouddhisme, c’est « Être quelqu’un d’autre ». Tandis que pour Naga, devenu moine après que la catastrophe de Bhopal eut décimé sa famille, c’est « Délaisser mon corps portant ce passé ». Ces trois destins si singuliers vont finalement s’entrelacer jusqu’à fusionner, grâce aux photographies de Françoise. Meaghan Delahunt montre bien la vision déformée que les Occidentaux ont de l’Inde, et parvient habilement à restituer la complexité de ce pays. Confrontant la dureté des vécus à la philosophie bouddhiste, elle montre avec poésie comment composer avec les éléments les plus pénibles de sa vie. Chez elle, les mots se fracassent en nuages et les hommes se parent d’ombres blanches. Grâce au don de synesthésie dont elle affuble Françoise, elle ouate son récit d’une myriade de couleurs et de sons. « Tout a une histoire antérieure. Nous pouvons la briser, la changer ou la développer. » Meaghan Delahunt l’a écrite. Poignant !

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