Chronique La Saline Royale de Dominique Massounie

Claudine Courtais Librairie Coiffard (Nantes)

La Saline royale d’Arc-et-Senans est l’un des plus beaux ensembles industriels du XVIIIe siècle français qu’il soit encore possible d’admirer. Claude Nicolas Ledoux, ce génial architecte, en est le bâtisseur. C’est une célébration à la fois du lieu et de son créateur à laquelle nous convie cet ouvrage.

Nous sommes au XVIIIe siècle, une époque où le sel a une grande valeur car il permet de conserver de nombreux aliments comme la viande et le poisson. L’État a d’ailleurs instauré depuis le Moyen Âge un impôt basé sur sa consommation, la gabelle. En Franche-Comté, on trouve de nombreux gisements de sel gemme, notamment à Salins-les-Bains, où l’on extrait le sel près des puits par ébullition de la saumure, dans des chaudières chauffées avec le bois des forêts voisines. Le bois se faisant de plus en plus rare, et par souci de rentabilité, car il est moins coûteux de faire voyager la saumure par saumoduc que le bois par les chemins, on décide de construire une usine d’extraction du sel à proximité de la forêt de Chaux, une des plus vastes de France, se situant à une vingtaine de kilomètres au nord de Salins-les-Bains. C’est à Claude Nicolas Ledoux, jeune architecte qui a déjà fait ses preuves et est devenu architecte du Roi grâce à l’appui de Madame du Barry, que sera confiée la conception de cette saline. Né en 1736 en Champagne, Claude Nicolas Ledoux, issu d’un modeste milieu de marchands va, grâce à une bourse, partir étudier les littératures anciennes à Paris. De là, il travaille dans un atelier de gravure et étudie l’architecture antique et l’œuvre de Palladio. Jusqu’en 1770, il construit de nombreux pavillons et hôtels particuliers, dont l’hôtel de Montmorency qui assoit sa renommée. Avant même qu’on lui confie la construction de la Saline royale en 1774, Ledoux a déjà élaboré un premier grand projet qui est refusé par l’entrepreneur choisi par le roi Louis XV pour édifier et exploiter ces salines. Mais la remise en cause de ce premier projet est pour lui l’occasion d’en faire un second totalement différent et peut-être encore plus audacieux. Le plan conçu, en forme de demi-cercle et ceint d’un mur protecteur empêchant toute intrusion, voit s’aligner des bâtiments dédiés à l’exploitation proprement dite, comme les bernes – qui accueillent les grands poêles pour faire chauffer la saumure –, la maréchalerie et la tonnellerie, les maisons des commis, ou le bâtiment d’entrée avec sa grotte représentant les entrailles de la terre une fois passé son péristyle, ainsi que les logements du personnel, comme la demeure du directeur ou les berniers édifiés pour loger les ouvriers. Entre le mur d’enceinte et les bâtiments, un espace est dédié aux jardins vivriers. Élaboré comme une utopie architecturale et sociale, cet ensemble néo-classique est un témoignage unique de l’architecture industrielle au siècle des Lumières. C’est à la fois cette œuvre singulière, mais également l’ensemble du parcours d’architecte de Claude Nicolas Ledoux, que Dominique Massounie nous invite à découvrir dans ce beau livre publié aux éditions du Patrimoine, richement illustré de photographies et des nombreuses gravures tirées des dessins de Ledoux.

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