Chronique Théâtres en utopie de Yann Rocher

Claudine Courtais Librairie Coiffard (Nantes)

De tous temps, le spectacle vivant a fasciné les architectes. Afin d’offrir aux arts scéniques des lieux d’expression dignes de ce nom, ils n’ont pas hésité à faire preuve d’une imagination débordante. Malheureusement, beaucoup de ces projets n’ont jamais vu le jour. Le livre de Yann Rocher permet de découvrir ces utopies qui n’ont jamais existé que sur le papier.

Publié par les éditions Actes Sud parallèlement à une exposition ayant eu lieu aux Salines Royales d’Arc et Senans, et qui sera installée dès le mois d’octobre au Lieu Unique, scène nationale de Nantes, cet ouvrage est une mine d’or pour qui s’intéresse aussi bien à l’architecture qu’à l’histoire théâtrale. Yann Rocher, professeur à l’école d’architecture de Paris-Malaquais, nous propose une lecture à la fois chronologique, thématique et géographique de cette architecture théâtrale utopique. De l’Antiquité à la fin du xxe siècle, ce sont quatre-vingt-dix projets qui nous sont présentés à travers un texte expliquant simplement leurs spécificités techniques et le contexte historique du moment, le tout accompagné de dessins préparatoires et de maquettes. Dès l’Antiquité, des architectes comme Curion ou Vitruve synthétisent les techniques romaines de l’époque pour imaginer des théâtres idéaux au service des arts scéniques. De la Renaissance à la Révolution française, en passant par l’Italie du xviie siècle, les différents constructeurs vont progressivement perfectionner leur art. Mais c’est au xixe siècle, grâce aux nouvelles possibilités techniques offertes par la fonte et le verre, ainsi que par le développement des expositions universelles, que les bâtiments imaginés deviennent de plus en plus grandioses. Après la Première Guerre mondiale, une nouvelle génération d’architectes voit le jour. D’un côté, les expressionnistes s’emparent des formes de la nature pour imaginer leurs constructions et, de l’autre, les membres du Bauhaus multiplient les mécanismes scéniques. À la chute de l’empire austro-hongrois se développe dans les pays d’Europe de l’Est l’idée d’une scène centrale que de nombreux architectes, à l’image d’Adolf Loos, vont exploiter. Des théâtres de masse de l’Italie fasciste aux théâtres populaires de l’ère soviétique, où de grands concours architecturaux sont organisés, il n’y a qu’un pas. Puis c’est aux États-Unis, dans les années qui précèdent la Seconde Guerre mondiale, qu’apparaissent de nouvelles configurations théâtrales, avant que l’Argentine, où l’expérimentation acoustique de vastes auditoriums voit le jour, ne vienne occuper le devant de la scène. Les architectes de la France d’après-guerre ne seront pas en reste, imaginant des lieux de spectacle total ou des constructions légères et mobiles. Puis vient le temps des mégastructures et de la mondialisation, les propos de cet ouvrage se fermant sur le projet conjoint de Jean Nouvel et Philippe Starck pour le Théâtre national de Tokyo.

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