Chronique Harry Gruyaert de

Claudine Courtais Librairie Coiffard (Nantes)

À l’occasion de la grande rétrospective qui se tiendra du 15 avril au 14 juin à la Maison européenne de la Photographie à Paris, les éditions Textuel proposent de découvrir ou redécouvrir l’œuvre du grand photographe belge Harry Gruyaert, un des plus grands coloristes que cette discipline nous ait offert.

Le livre s’ouvre sur une série d’images incertaines, comme brouillées. On croit y reconnaître un homme sur la lune, des représentations de compétitions sportives. Seul le cadre, qui pourrait être celui d’une télévision et des couleurs fortes, donnent une unité à ces premières images. Nous sommes face au premier travail personnel abouti d’Harry Gruyaert, quelques images tirées d’une série nommée TV Shots et réalisée en 1972 dans sa chambre londonienne, où l’image en couleur des premiers écrans de télévision le fascinent. La couleur, le mot est lancé. La couleur est ce qui sous-tend tout le travail de Gruyaert, ce qui en fait la force et la singularité. Formé à l’École de Cinéma et de Photographie de Bruxelles au début des années 1960, Harry Gruyaert réalise d’abord des documentaires pour la télévision. Mais cherchant à fuir une éducation catholique qui lui pèse et un pays, la Belgique, qui lui semble culturellement inexistant, il s’exile à Paris. Il se retrouve propulsé dans le milieu de la photographie de mode suite à une rencontre avec Peter Knapp. Puis, lors d’une commande qui le conduit au Maroc, c’est le déclic. La couleur y est omniprésente, l’exotisme quotidien. Dorénavant, il n’aura de cesse de sillonner ces pays à la richesse chromatique envoûtante que sont le Maroc, l’Inde ou l’égypte, pour ne citer que ceux-là. Plus proche d’un peintre ou d’un cinéaste que de ses pairs de l’époque, il pratique une photographie intuitive où la couleur est primordiale dans l’expression des situations. Harry Gruyaert n’est pas un journaliste, même s’il nous donne beaucoup de choses à voir du monde qui nous entoure. Il travaille pour lui, « égoïstement », dit-il, parce que la photographie est sa relation au monde et qu’il a besoin de ça pour vivre. Sans doute cela a-t-il joué dans son admission au sein de l’agence Magnum en 1981. Loin de faire l’unanimité, il se retrouve face à une opposition qui lui reproche de ne pas avoir le profil type – il ne fait quasiment pas de noir et blanc, n’a jamais photographié la guerre, ni même une manifestation. Mais la présence d’Alex Webb, grand coloriste, le conforte dans ses choix et sert son intégration dans la prestigieuse agence. Très éloigné de la photographie humaniste française, il se reconnaît davantage dans une photographie américaine à la William Eggleston ou à la Saul Leiter, usant dans ses images de jeux d’ombre et de couleurs saturées. C’est pourtant en retournant photographier sa terre natale qu’il va enrichir sa palette, quittant les clairs-obscurs de pays à la luminosité éblouissante, pour jouer avec les tonalités plus froides des régions du nord, révélant une Belgique poétique et surréaliste. Les Parisiens et tous ceux qui auront la chance de fréquenter les couloirs du métro le temps de l’exposition pourront admirer nombre de ces photographies à l’intérieur de certaines stations et découvrir une vingtaine de clichés non présentés à la MEP. De quoi donner envie de se plonger dans le livre en rentrant à la maison.

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