Dossier Jean Cocteau le magnifique de Pascal Fulacher, Dominique Marny

Raphaël Rouillé

Tandis que les éditions Gallimard publient le tome 8 du Passé défini, le sang du poète, au seuil du cinquantième anniversaire de sa disparition, continue de couler, de circuler comme une encre qui s’acharne à vaincre les lignes mortes.

« Mon nom a couru plus vite que mon œuvre et il est difficile à mon œuvre, trop nombreuse, de le rejoindre », écrivait Jean Cocteau dans le deuxième volet du Passé défini. En avance sur son temps, l’œuvre du poète continue de vivre, patiente, exigeante, taillée comme la pointe d’un diamant qui brille encore, à l’image de son étoile « signature », celle qui accompagne l’ensemble de son parcours d’artiste, tout comme les miroirs qui réfléchissent, se déforment ou proposent un passage vers l’au-delà. Dominique Marny, dans son ouverture à Jean Cocteau le magnifique (Gallimard) publié dans le cadre de l’exposition présentée au musée des Lettres et Manuscrits (jusqu’au 23 février 2014), ne manque pas de rappeler que le miroir était autrefois appelé speculum et que les anciens l’utilisaient pour scruter le mouvement des constellations. L’étoile, donc, le miroir, mais au centre, la poésie, toujours, incandescente, inattendue, démesurée. « J’aime le mouvement qui déplace les lignes », écrit-il encore. Et c’est toute la beauté de cette œuvre qui déplace continuellement les lignes, comme « une courte halte d’un mouvement perpétuel ». Accompagné de la réédition de ses Dessins aux éditions Stock, dont la première publication date de 1923, le livre de Pascal Fulacher et Dominique Marny remet en perspective les multiples talents de Jean Cocteau. Manuscrits, photographies, dessins, affiches, extraits de scénarios, correspondances : les différentes facettes de Cocteau traversent le livre comme autant de manière d’exprimer sa poésie, vive, accidentée, fuyant tout ce qui se fige, ne fermant jamais le cercle afin de laisser l’air, donc la vie, entrer et sortir. Tandis que le chapitre intitulé « Poésie de vie » retrace la mythologie personnelle de Cocteau, son cheminement, ses rencontres et ses sources d’inspiration, « Poésie de spectacle », présentée par Pascal Fulacher, s’intéresse au théâtre et au cinéma du poète, toujours grâce à de nombreuses archives. Pour Cocteau, le cinéma joue un peu un rôle de « relais » de l’écriture, c’est son « encre de lumière ». Mais comme le montre le générique de La Belle et la Bête avec l’écriture à la craie en accéléré, le cinématographe est aussi une forme d’écriture que le poète cherche à animer, toujours en train d’écrire du dessin ou de dessiner de l’écriture. « Hélas, notre époque de tumulte et qui croit aller vite, renonce à ce délicieux supplice d’attendre », écrivait-il en 1952. Son œuvre, cet « objet difficile à ramasser » car délicat, subtil, ramifié, mais toujours cohérent, reste avec nous, comme un message du poète qui étire le temps et le dépasse en tissant son fil invisible. Relire Cocteau aujourd’hui, c’est retrouver une certaine idée de la poésie, c’est marcher à contresens comme les arrière-plans, derrière chaque personnage, qui défilent « en inversé » dans Orphée, au moment où la voiture emmène Jean Marais et la princesse. « Le secret de la poésie c’est de dépayser des choses que l’habitude nous cache et de les placer sous un angle qui nous les fasse voir comme si c’était la première fois », écrit encore le poète. Retournons-nous sur le passage de l’artiste, allons à contrevent, à rebours, avec obstination, le secret s’accomplit à travers ces éternels retours.

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