Essais

Félix Guattari

De Léros à La Borde

photo libraire

Chronique de Raphaël Rouillé

Bibliothèque/Médiathèque Alphonse Daudet (Alès)

Alternant écriture, réflexion philosophique et travail psychiatrique avec un équilibre qui lui est propre, Félix Guattari n’aura cessé de jongler et de nous surprendre.

Publiés pour la première fois en 2005, les Écrits pour l’Anti-Œdipe apportent un éclairage sur le travail commun mené avec Gilles Deleuze pour L’Anti-Œdipe au début des années 1970. Avec cette nouvelle édition sort simultanément un texte inédit de Félix Guattari, préfacé par Marie Depussé et intitulé De Léros à La Borde. Ce recueil, dont il avait lui-même défini le contenu avant sa disparition, est remarquable. Construit en deux temps, il montre, d’abord, sous forme de journal, le véritable « bagne psychanalytique » où sont enfermés 1200 malades, « un camp de concentration sans la présence d’aucun personnel soignant, sans même un psychiatre », à Léros, petite île grecque du Dodécanèse adossée à la côte turque. Page après page, on constate que Leros est devenue « le dépotoir de tous les hôpitaux psychiatriques surchargés » et qu’il mélange des handicapés physiques à des handicapés mentaux et à des enfants autistes, parfois enfermés dans des cages de fer, attachés, camisolés. Engagé, militant, Guattari révèle en quelques pages, par le biais d’une description condensé mais précise, la désagrégation de tout un système et nous explique, en filigrane, qu’il faut « répondre à ce qui se défait par ce qu’on invente ».

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