Chronique Dans l’ombre du brasier de Hervé Le Corre

Coralie Sécher Librairie Coiffard (Nantes)

Hervé Le Corre n’en est plus à son coup d’essai. Après L’Homme aux lèvres de saphir (Rivages, 2004) qui nous embarquait à la fin du Second Empire, Hervé Le Corre nous emporte à nouveau au cœur d’un événement historique passionnant : la Commune de Paris de 1871. Une enquête riche et détonante au plus près du conflit et des hommes et femmes du peuple.

Quel meilleur instrument que le roman policier pour entrer dans une période historique si dense et passionnante et pourtant aussi méconnue ? Ce douzième roman d’Hervé Le Corre nous raconte les dix derniers jours de la Commune, la fin d’une utopie, la lassitude, l’abandon et le courage des derniers combattants. Cette période historique est peu étudiée, mal connue ; elle résonne pourtant aujourd’hui des colères qui nous animent. Cet auteur de roman noir, grand passionné d’histoires et de luttes sociales, nous permet d’entrer par la petite porte au plus près de ces petites gens qui ont œuvré pour défendre ce mouvement et rêvé qu’il devienne une réalité pérenne, qu’il nourrisse les réflexions futures, que cette révolte devienne un modèle. Au cœur de ce conflit, de ce cauchemar de tous les instants, c’est Antoine Roque qui va mener la danse, ou au moins l’enquête. Cet homme, nommé commissaire aux premiers jours de la Commune, va rapidement s’inscrire dans la vie de son quartier, se prendre au jeu et vouloir défendre chacun de la façon la plus juste qui soit. Quand une série d’enlèvements de jeunes filles est mise au jour, il va mener l’enquête et s’y jeter à corps perdu afin de sauver une jeune femme enfermée dans une cave, Caroline. Caroline est infirmière, elle soigne les blessés de la Commune. Et au-dessus de ce conflit, elle attend de retrouver son petit ami, Nicolas Bellec, sergent au service de la Commune et prêt à défendre Paris corps et âme. Pour sauver Caroline, Antoine Roque franchira des barricades, jouera au chat et à la souris avec les Versaillais et gagnera courage et confiance au fil de sa quête. Sur son chemin, l’inquiétant Pujols qui enlève des jeunes femmes, les drogue et les fait poser pour des photographies pornographiques, aidé de son associé le cocher Clovis, au visage balafré, qui effraie tous ceux qui osent l’approcher. Au fil de cette histoire, on sent le poids de la documentation accumulée par Hervé Le Corre, on ressent son appétence pour les luttes et les soulèvements populaires. On pourrait se demander quels sont les véritables héros de cette histoire ? Est-ce Antoine Roque, le commissaire, Caroline l’infirmière ou Nicolas Bellec le sergent ? Ou alors sont-ce les balles que l’on entend à chaque coin de chapitre, les cris, la lutte ? Comme savent le faire les grands écrivains contemporains, Hervé Le Corre nous fait plonger avec lui au cœur d’un événement qui résonne aujourd’hui de nos luttes quotidiennes. Il manie la langue, l’histoire, les héros comme le génie qu’il est du roman noir.

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