Chronique Jacques Prévert n’est pas un poète de Hervé Bourhis, Christian Cailleaux

Coralie Sécher Librairie Coiffard (Nantes)

Jacques Prévert n’est pas un poète est une bande dessinée qui nous entraîne par la petite porte pour observer un grand monsieur. Un poète, un artiste, un joueur de mots. L’occasion de découvrir l’homme grâce à ses rencontres, ses amitiés et ses combats.

Comme une évidence, Prévert est pour nous un homme de poésie. Bercés ou parfois malmenés par les poésies à apprendre : « Le cancre », « Page d’écriture », et tant d’autres, il reste celui dont les mots résonnent encore dans notre esprit. Cailleaux et Bourhis collaborent dans un album fin et riche au titre provocateur : Jacques Prévert n’est pas un poète. Pour célébrer les quarante ans de sa disparition, les éditions Dupuis sortent un très bel album qui nous conte l’histoire d’un homme complexe et complet. L’histoire du jeune Jacques débute pendant son service militaire en Turquie dans les années 1920. Il y fait la connaissance de Marcel Duhamel, qui l’hébergera à leur retour à Paris. Ici, il va rencontrer des hommes et des femmes qui occuperont une place importante dans sa vie et qui ne sonnent pas comme des hasards. Il y a André Breton, Raymond Queneau, Yves Tanguy. C’est avec cette belle bande de surréalistes que Prévert trouvera l’expression de « cadavre exquis » pour nommer leurs jeux d’écriture aux heures tardives. Plus tard, il rédigera un texte pour le groupe Octobre, à destination des grévistes de Citroën. Toute sa vie, il restera engagé politiquement – en particulier auprès du Parti communiste français. Par la suite, accompagné de son frère Pierre, il écrira pour le cinéma. Dans ce milieu aussi, il croise nombre d’artistes et de comédiens, fait de jolies rencontres, mais se fâche avec d’autres. Quand on a une forte tête, on ne se fait pas que des amis. Tous ses films ne sont pas encensés par la critique, mais il tient bon et récidive. Il collabore avec Jean Renoir ou Marcel Carné. Son travail cinématographique le plus long sera celui qu’il consacrera au Roi et l’oiseau, sur lequel il aura œuvré des dizaines d’années avec Paul Grimault. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il se réfugie au soleil dans le sud de la France. Il y cache des amis juifs pendant les tournages en modifiant leurs noms et en trouvant des soutiens sur place. Son entourage lui dit qu’il faut qu’il écrive, qu’il a une plume et des choses à dire. Mais c’est assez tard que Prévert se met à la poésie. Pourtant, c’est bien ce qui nous reste de plus précieux de l’auteur. à défaut de ses textes les plus connus dédiés à la nature, à l’enfance, Prévert écrit aussi des poèmes plus engagés, anticléricaux, libres d’amour, puissants. Jacques Prévert n’est pas un poète nous emmène dans le Montparnasse des années 1920, nous dépose à Londres, Saint-Pétersbourg, San Francisco, et nous installe à Saint-Paul-de-Vence dans les années 1940. Le dessin est à l’image de la vie de Prévert : riche, insouciant, moqueur, moderne, et le texte est juste. Parfois, les livres nous donnent l’impression d’avoir été témoins de certains épisodes de l’Histoire, d’avoir été sur place, d’avoir entendu les conversations et ri avec les personnages. C’est le cas de cette bande-dessinée. En la terminant, on se sent mélancoliques, détenteurs de secrets. Et éternellement poètes.

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