Chronique Royal romance de François Weyergans

Par Christophe Daniel, Librairie La 25e heure, Paris 15e

Après Trois jours chez ma mère et sept ans de silence (et de réflexion ?), François Weyergans, seul écrivain à avoir reçu le prix Renaudot et le prix Goncourt (comme il est fièrement précisé en quatrième de couverture) et admis entre-temps à l’Académie française, revient en librairie avec le très beau Royal Romance.

Royal Romance, c’est le nom donné au cocktail dont raffole Justine, la jeune actrice québécoise dont François Weyergans fait l’héroïne de ce livre. Daniel Flamm, romancier d’une soixantaine d’années et conseiller artistique pour une importante papeterie finlandaise, fait sa connaissance lors d’un Salon du livre à Montréal. C’est le récit de cette histoire d’amour, ce drame dit-il, que Daniel Flamm entreprend d’écrire des années plus tard afin de s’en délivrer : « Je voudrais écrire quelque chose sur elle, comme un peintre ferait au fusain le portrait de sa compagne. Un texte modeste, un portrait sans fioritures, sans psychologie, sans trop de métier. Juste des informations. » Roman extraordinairement vivant, facétieux et désespéré – à l’image de certains des textes de François Weyergans –, Royal Romance déplie sa carte du Tendre entre Montréal en hiver (surtout), Paris et Strasbourg (aussi), avec ce goût communicatif pour les digressions. Des « Petits Classiques Larousse » aux saisons de 24 heures en passant par les noms de villages drômois, Weyergans, qui n’a rien abdiqué de cette espèce de nonchalance dont il a le secret, parsème son récit de quelques-unes de ses manies pour le plus grand bonheur de ses lecteurs. Et comme chez lui, les sens ne sont jamais très éloignés de l’essentiel, il verse dans le shaker de son Royal Romance, en plus des jeux de l’amour, cinéma et musique, plaisir culinaire et littérature, entre autres. Alors sur l’écran noir de leurs nuits blanches, Daniel et Justine nous font partager l’émouvante présence de Tatiana Samoïlova ou de Zarah Leander, actrices de sublimes histoires d’amour qui viennent aussi nourrir la leur. Beaucoup de questions recouvrent les pages de ce roman, à commencer par la première phrase : « Combien de gens réussit-on à rendre heureux dans une vie ? » ; de vraies questions : « Est-on amoureux de la même façon dans des villes différentes ? » ; ou : « Pourquoi n’y a-t-il pas d’anti-inflammatoire pour la tristesse ? » ; de belles questions : « Est-ce qu’on peut manger un nuage ? » Il faudrait compter les interrogations dans ce livre, point par point, et comprendre comment elles parviennent à dessiner avec tant d’émotions le portrait d’un amour perdu.

À la manière des écrivains anglais du xviiie siècle et de Laurence Sterne en particulier, brièvement évoqué dans le roman, Weyergans le nonchalant fait littérature de tout bois, du slogan d’un restaurant nocturne de Montréal à des sigles à la prononciation improbable, en passant par la transcription méticuleuse de SMS s’apparentant à des haïkus amoureux des temps modernes. À l’image du cocktail qui lui donne son titre – moitié gin, un quart Grand Marnier, un quart fruit de la passion, un soupçon de grenadine –, Royal Romance joue sur le contraste des saveurs et le mélange des émotions : quand l’amertume amoureuse accompagne la douceur d’enlacer et quand le goût trop fort de la douleur s’atténue dans l’acidulé du souvenir. François Weyergans nous offre l’un de ses plus beaux livres.

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