Littérature française
Hemley Boum
Nos vies sauvages
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Hemley Boum
Nos vies sauvages
Gallimard
20/08/2026
336 pages, 22 €
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Chronique de
Stéphanie Hanet
Librairie Coiffard (Nantes) - ❤ Lu et conseillé par 19 libraire(s)
✒ Stéphanie Hanet
(Librairie Coiffard, Nantes)
« Tous mes personnages, y compris ceux qui ne me ressemblent pas, y compris les moins sympathiques, portent en eux une part de moi », confiait Hemley Boum sur les ondes de France Culture l’année dernière. Peut-être est-ce un des secrets, une des raisons qui font que Nos vies sauvages nous touche autant ?
Née à Douala, Hemley Boum a un parcours universitaire en sciences sociales et en commerce extérieur effectué à Yaoundé et à Lille. Il s’en est passé des choses depuis son premier roman, Le Clan des femmes publié en 2010, mais on retiendra que son œuvre mérite d’être lue, sa plume alerte d’être partagée et les voix qu’elle réveille d’être écoutées. Le Rêve du pêcheur, son précédent roman, racontait comment une compagnie forestière, en s’installant dans un petit village camerounais sur les bords de l’Atlantique, venait détruire l’équilibre d’une communauté et d’un couple, en pillant les ressources et les âmes des habitants. Avec Nos vies sauvages, elle continue d’explorer son pays, ce Cameroun qui irrigue son œuvre tout comme la condition des femmes, l’identité culturelle, le poids du destin et l’amour absolu. L’autrice place son histoire dans un contexte politique de crise très contemporain. Le roman s’ouvre avec Ndolo Elimbi, une jeune femme qu’on sait être emprisonnée à Yaoundé et qui s’adresse à son grand amour de jeunesse. Il se nomme Enow Alaka, il est un avocat charismatique, fervent opposant au président à vie Paul Biya. Paris a abrité leur amour clandestin durant cinq ans car Enow était marié, père de famille exilé et menacé. Après leur rupture, Ndolo noya son chagrin immense avec un autre homme dont elle eut un fils. Elle rentra au Cameroun et n’eut plus jamais de nouvelles de celui qui fut sa passion impossible à vivre et qu’elle quitta un jour, furieuse, en claquant la porte. C’est Zeinabou Ndam qui prononce ce nom d’Enow Akala devant Ndolo quinze plus tard, alors qu’elle lui rend visite en prison. On découvre que Zeinabou est une femme puissante. Commissaire de police, elle a lutté sans faiblir pour s’imposer. Désormais, elle est le bras droit de Theodore Fokam, un homme redouté par tous qui gère la sécurité de l’État, une véritable ordure qui a un pouvoir de vie et de mort sur toutes les personnes qui croisent son chemin. Il faut attendre que Ndolo Elimbi et Zeinabou Ndam se rencontrent pour bien s’installer dans ce roman ponctué par les trahisons, où subsiste l’espoir, pour toute une population, de libérer son pays gangrené par la corruption et gouverné par un très vieil homme absent. Hemley Boum a un talent immense, celui de raconter des destins qui s’inscrivent dans la grande Histoire. Elle humanise des questions politiques complexes et nous permet de mieux comprendre le Cameroun d’aujourd’hui avec toujours beaucoup de justesse, de délicatesse et une grande force romanesque.