Littérature française
Marijosé Alie
Pont Gueydon
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Marijosé Alie
Pont Gueydon
Mémoire d'encrier
04/09/2026
280 pages, 21 €
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Chronique de
Stéphanie Hanet
Librairie Coiffard (Nantes) -
❤ Lu et conseillé par
2 libraire(s)
- Stéphanie Hanet de Coiffard (Nantes)
- Manuel Hirbec de La Buissonnière (Yvetot)
✒ Stéphanie Hanet
(Librairie Coiffard, Nantes)
Il s’appelle Jackson Jackson, « comme un éternuement, comme si l’épave qu’était [sa] mère, entre deux cuites n’avait pas eu la force de [lui] trouver un nom et un prénom ». Le ton est donné.
Enfant, quand sa mère Héliette ne tenait plus debout, Jackson Jackson se réfugiait chez Man Tine, une vieille voisine, une femme engagée, une femme de caractère, un pilier pour l’enfant. Jackson Jackson a grandi dans le quartier de Bô Kanal, quartier populaire de Fort-de-France. Pendant longtemps, il n’a pas parlé, ne s’exprimant qu’avec des cris, des gestes et des regards. Ce qui ne l’empêchait pas d’être le chef de sa petite bande car Jackson a beau ne pas parler, il sait cogner. Parfois il s’inquiète de ce « blanc » qui envahit sa tête : il devient alors comme fou, violent et ingérable. Heureusement, le garçon a un refuge : la fontaine Gueydon. L’eau n’y coule plus mais il aime s’asseoir au bas du pont qui relie son quartier populaire aux quartiers bourgeois. C’est aussi le pont des zombies accrocs au crack et celui des fantômes mais uniquement quand Jackson est seul. C’est là aussi qu’il fait la connaissance de Belle, gamine privilégiée malheureuse dans sa famille des beaux quartiers. Quand le roman s’ouvre, Belle sort de prison, cela fait trois ans que Jackson Jackson ne l’a pas vue. Il l’attend à la fois empli de culpabilité et plein d’espoir mais elle le snobe complètement. Leur histoire nous est racontée à la fois au passé, par Jackson lui-même qui se confie, et au présent par un narrateur omniscient. On plonge dans la vie de cette île divisée où les destins sont tout tracés selon le côté où l’on naît. Une règle que Belle et Jackson transgressent quand elle lui fait découvrir la lecture et qu’elle comprend qu’il sait répondre à la révolte intérieure qui l’habite. C’est une amitié chaotique, faite de non-dits mais aussi porteuse d’espoir. Avec eux et tous les habitants de Bô Kanal, on vit, on trahit, on danse, on s’alcoolise, on vit ensemble pour le meilleur et pour le pire.