Chronique La Nuit des béguines de Aline Kiner

Maheut avait pris de gros risques pour fuir l’assaut répété des étreintes d’un époux qu’on avait choisi pour elle. Elle avait chevauché longtemps, troqué ses belles étoffes contre quelques lieues en charrette et se trouvait là, en ce matin de 1310, en plein cœur de Paris, une ville assez grande pour la faire disparaître.

Au Moyen Âge, alors qu’être une femme n’était, en général, pas une position très enviable, vivaient des femmes libres : les béguines. Ferventes croyantes, le plus souvent issues de familles aisées, veuves, mariées ou encore vierges, ces femmes choisissaient de dédier leur vie à la prière, à l’entraide et la charité sans pour autant former de vœux perpétuels. À une époque où la religion dictait les conduites et les politiques nationales, ces femmes ont un temps bénéficié de la protection du roi et c’est donc Saint Louis qui installe le Béguinage Royal au cœur du Marais. Ysabel, Ade, Jeanne, Guillaumette, Perrenelle et bien d’autres ont rejoint ce havre de paix, de spiritualité, de réflexion et d’entraide. Chacune y a sa place, ses connaissances et un savoir-faire qui profitent à la communauté. Certaines travaillent, d’autres, trop âgées, dédient leurs journées à la prière. Elles y ont coulé des jours heureux. Au fil des saisons, l’hôpital qu’elles administrent de main de maître a vu passer de nombreux patients, mais les temps changent, elles le sentent bien. Philippe le Bel est au pouvoir et il s’interroge sur ces sectes qui prennent de plus en plus d’importance dans son royaume. Des communautés catholiques soit, mais leur approche de la religion, leur interprétation des écritures et le pouvoir qu’elles pourraient prendre inquiètent et questionnent le roi. Il est, après tout, le représentant de Dieu sur terre. Le grand procès des Templiers a décidé de la dissolution de cet ordre jugé décadent et hérétique. Les frères sont recherchés, arrêtés, persécutés, et une des béguines, Marguerite Porete, a été arrêtée et emprisonnée. C’est en ces temps troubles, alors que leur liberté dérange et qu’elles craignent d’être sous surveillance, que nous allons passer derrière les hauts murs du béguinage, ce froid matin de janvier, avec Maheut la rousse, jeune femme mutique et affaiblie, apeurée peut-être, recueillie par Ysabel. À quoi devront-elles faire face afin de protéger la jeune femme et leur communauté ? Aline Kiner nous entraîne avec brio dans un Moyen Âge méconnu auprès de ces femmes fortes, érudites, solidaires et généreuses. Laissez-vous prendre par l’ambiance du Paris du XIVe siècle, sa foule qui grouille, ses métiers oubliés, ses odeurs et son histoire, surtout. Un roman historique incroyablement documenté et des personnages si attachants que vous n’aurez pas envie qu’il se termine !

Gaëlle Maindron Librairie Livres in room (Saint-Pol-de-Léon)

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