Chronique Les Aveugles de Bi Feiyu

Avec la publication de ce nouveau 
roman de Bi Feiyu, Philippe Picquier confirme l’incontournable talent de 
cet auteur chinois couronné par de 
nombreux prix littéraires. Une belle 
rencontre en perspective….

En Chine, les aveugles doivent étudier pour s’en sortir, car rester un poids pour sa famille, quel que soit son handicap, n’est pas une option envisageable. Beaucoup de jeunes aveugles sont naturellement plus sensibles et développent des aptitudes tactiles. Ils s’orienteront alors vers le massage thérapeutique, une technique dérivée de la médecine traditionnelle chinoise. C’est ainsi que nous rencontrons le docteur Wang et sa fiancée Xiao Kong, partis à Nankin tenter de gagner assez d’argent pour monter leur propre centre de massage et envisager la vie plus sereinement. En attendant, il faut travailler, et nos amoureux trouvent du travail au centre de tuina de Monsieur Sha. Dans ce centre de massage, on travaille dur et longtemps, on mange, on dort, tout cela ensemble. Bi Feiyu fait pénétrer le lecteur dans l’intimité de ces masseurs aveugles, et dépeint une vie de labeur où la promiscuité, même si elle est parfois pesante, permet une vie sociale presque normale : on lie des amitiés, on se fâche, on tombe amoureux aussi. Le huis clos du centre permet de reconstruire une société chinoise à petite échelle, et Bi Feiyu y trouve un excellent prétexte pour nous parler du pouvoir, des normes sociales, des relations humaines… et surtout, du désir d’une vie meilleure. L’auteur réussit ce pari audacieux de nous faire toucher du doigt l’univers des non-voyants, leurs difficultés à comprendre et à s’intégrer dans le monde actuel. Chaque chapitre aborde ces thèmes à travers les différents habitants du centre de tuina, parlant de l’amour, du temps qui passe ou encore de la beauté qui ferait chavirer les cœurs. Des thèmes universels qui prennent une tout autre couleur au sein de cette communauté. On retrouve ici le ton cher à la littérature chinoise contemporaine, des personnages savoureux, excessifs, qui font sourire, auxquels on s’attache et dont on a envie de recueillir les confidences… En somme, on vit quelques heures auprès d’une communauté joyeuse et volontaire.

MAINDRON GAËLLE, Librairie COIFFARD, Nantes

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