Sciences humaines

Sabyl Ghoussoub

Beyrouth ne meurt jamais

✒ Dolly Choueiri

(Librairie Des gens qui lisent, Sartrouville)

Entre mars et juin 2026, l’écrivain et journaliste Sabyl Ghoussoub part à la rencontre de ceux qu’il croise dans les rues du Liban et écoute leurs histoires, leur vie, leurs rêves et leurs larmes. Il compile ces chroniques dans cet ouvrage bouleversant qui raconte le Liban par ses habitants.

Sabyl Ghoussoub vit entre la France et le Liban. En octobre 2023, il est à Beyrouth, au quotidien libanais francophone L’Orient-Le Jour, où il tient des chroniques. Il est aussi en pleine écriture de son roman, Mon imam, paru chez Stock en cette rentrée littéraire. Mais les mois qui suivent le 7 octobre et la guerre qui n’en finit pas de recommencer le figent dans son geste. Pourquoi écrire, inventer, raconter quand les bombes ne cessent de tomber et de frapper aveuglément ? Dans le vacarme assourdissant qui accompagne les prises de position des uns et des autres, qui a raison et qui a tort ? Est-ce seulement important de le savoir ? L’auteur décide que non et s’intéresse, au-delà des partis politiques et des avis tranchés sur la guerre qui envahit tout, aux histoires des gens. Trois fois par semaine, pendant plusieurs mois, il tient une chronique intitulée Nos Petites Guerres. Il va à la rencontre de femmes, d’hommes, d’enfants. Son projet, qui lui tient à cœur depuis longtemps, est simple : comprendre d’où vient quelqu’un, à quoi tient sa blessure, quel est son rêve ou son dernier éclat de rire. Cette approche de l’autre permet de nous rapprocher de ceux dont on se croyait vraiment éloignés. Ses chroniques racontent le visage du Liban, avec ses aspérités, ses imperfections, ses tendresses et ses surprises. Au fil de ses mots, on rencontre, tour à tour, des enfants qui jouent au bord d’une piscine sans se demander si celui en face est un ennemi ou un ami, et qui se sauvent la vie, des amoureux qui vivent dans des quartiers éloignés et qui cherchent des lieux de rendez-vous pour se retrouver, une prostituée qui reçoit dans son sein les larmes et la terreur des hommes, le dernier taxi de Beyrouth bombardé, qui roule à travers la ville pour aider, gratuitement, ceux qui auraient besoin de lui, un enfant qui dessine au Bic bleu un soleil qui sourit à un oiseau, une travailleuse éthiopienne baladée d’une guerre à l’autre ou encore une équipe de libraires passionnées qui continuent à lire et faire lire, envers et contre tout. Dans un pays où il n’existe ni abris ni sirènes d’alerte, Sabyl crée des refuges dans ces liens qu’on tisse avec les autres. Il y a aussi des moments où l’auteur n’a plus les mots, comme le 8 avril 2026, où une centaine de bombes pleuvent sur Beyrouth en dix minutes et ravagent la ville et les cœurs. J’aurais envie de citer toutes ces chroniques aux titres tous plus poétiques les uns que les autres mais c’est maintenant à vous de les lire et de découvrir ces portraits qui tissent le Liban d’aujourd’hui. Un Liban plein de contradictions et de fêlures mais qui, à l’instar de Beyrouth, sa capitale reine, ne meurt jamais.

Les autres chroniques du libraire

À savoir avant de continuer la lecture ...

X

Les libraires indépendants lisent chaque jour pour vous guider dans l'actualité littéraire et ont plaisir à partager leurs coups de cœur. Pour soutenir leur travail et leur engagement, abonnez-vous ou offrez Page des libraires.

Découvrez nos formules d'abonnement
Déjà abonné.e ? Connectez-vous