Chronique Tintin au pays des Soviets de Hergé

Élodie Raymond Librairie Charlemagne (Toulon)

Tintin au pays des Soviets est le premier album noir et blanc des aventures du célèbre reporter belge. Ce 11 janvier dernier, les éditions Casterman et Moulinsart ont ressorti une version colorisée de la bande dessinée. Une belle surprise pour tous les fans de Tintin !

10 janvier 1929, Bruxelles. Un jeune homme, responsable du supplément jeunesse du journal Le Vingtième Siècle, va voir sa carrière prendre un grand tournant. Georges Rémi, dit Hergé, reçoit une commande bien particulière pour agrémenter les pages de son journal. Son rédacteur en chef, l’abbé Norbert Wallez, lui demande une bande dessinée reportage sur l’URSS. Le jeune auteur, alors âgé de 21 ans, décide de s’inspirer du texte Moscou sans voiles de Joseph Douillet (une critique du régime communiste en place). Créé dans un contexte politique difficile, l’album est en effet marqué par l’anticommunisme. À l’image d’Hergé, Tintin est journaliste pour Le Petit Vingtième et, à la demande de son supérieur, il doit se rendre en URSS pour réaliser un reportage sur la Russie soviétique. Le voyage de notre héros ne sera pas de tout repos. Une course poursuite s’engage entre Tintin et les policiers russes. De nombreuses péripéties et difficultés se mettront en travers de son chemin, mais rien n’empêchera Tintin d’accomplir sa mission : ramener des informations cruciales en Belgique. Cet album est une succession de gags et de situations comiques qui ridiculisent les autorités soviétiques. Les premières pages seront prépubliées dans le supplément Le Petit Vingtième, puis l’album complet paraîtra en septembre 1930. Peu satisfait de sa création qu’il juge immature et impersonnelle au vu de son jeune âge et de son manque d’expérience, Hergé est loin de se douter qu’il vient de créer ce qui sera le premier tome des aventures de Tintin et Milou. Parfois maladroit dans son trait, il est pourtant le précurseur de l’usage exclusif du dessin et des phylactères dans la BD, et montre un talent évident pour dessiner le mouvement et le son. Hergé devient alors le père d’un héros mythique. Et l’un des plus grands auteurs de bandes dessinées de sa génération. Il ne publiera ensuite pas moins de vingt-deux autres aventures de Tintin et de son fidèle acolyte à quatre pattes, Milou. Rapidement épuisé, l’album restera longtemps inaccessible. Pourtant, dès le début des années 1980, Hergé avait pour projet de redessiner sa bande dessinée, comme il l’avait déjà fait pour l’ensemble de la série. En effet, dès 1942, sa maison d’édition lui demande de repenser les aventures de Tintin afin de les republier en couleur. Tintin au pays des Soviets fait bel et bien partie de la sélection. Alors, manque de temps, d’envie, ou simplement peu soucieux d’améliorer graphiquement ce premier tome, Hergé nous a quittés avant d’avoir pu retravailler l’album. Tintin au pays des Soviets restera en noir et blanc. Il faudra donc attendre janvier 2017 et quatre-vingt-sept longues années pour que les éditions Casterman et Moulinsart prennent la décision de coloriser Tintin au pays des Soviets. Deux années de recherches ont été nécessaires à Michel Bareau et Nadège Rombaux pour faire ressortir l’ambiance nostalgique de l’époque et pour sublimer l’album. Cela va-t-il à l’encontre de la mémoire d’Hergé ? Ou au contraire, est-ce un excellent moyen de lui rendre hommage ? Les avis sont partagés sur la question. Ce qui est sûr, c’est que la couleur donne un coup de jeune à cet album maudit, plutôt méconnu, voire méprisé du grand public. Les éditions Casterman ont respecté l’œuvre d’Hergé, tout en lui redonnant une seconde vie. Et nous sommes plus que ravis de (re)découvrir le premier volet des aventures du célèbre reporter à la houppette.

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