Chronique Gramercy Park de Timothée de Fombelle

élodie raymond Librairie Charlemagne (Toulon)

À New York, proche du Gramercy Park, une jeune femme semble très intéressée par un caïd de la pègre qui ne sort que très rarement de son grand appartement. Il est recherché et suivit sans cesse par deux policiers en planque. Qui est-elle et que lui veut-elle ?

Les auteurs nous emmènent sur les toits new-yorkais, en plein milieu des années 1950. Une jeune femme s’occupe tranquillement de ruches qu’elle a acquises quelques semaines plus tôt. Chaque jour, elle semble attendre patiemment quelque chose. Dans l’immeuble juste en face, les rideaux bougent mais il est rare de voir quelqu’un en sortir. Un homme y vit avec sa petite fille mais ils restent constamment enfermés. Toute la semaine, sauf le dimanche, l’homme reste cloîtré dans ses appartements, surveillé par ses gardes du corps. Ces deux inconnus, que seul le célèbre Gramercy Park sépare, ne se sont jamais croisés mais ils se voient, s’épient et se surveillent. Elle connaît déjà toutes ses habitudes et lui sait qu’elle le regarde. Pourtant, tout oppose ces deux personnes : elle est danseuse d’opéra et aime la compagnie des abeilles ; il est recherché par la police pour affaires criminelles et trafics. Il se méfie d’ailleurs beaucoup de cette jeune femme qui met un peu trop le nez dans ses affaires. Alors qu’est-ce qui peut bien lier ces deux personnes ? Pourquoi cette belle jeune femme est-elle attirée par cet homme froid, dangereux et sans scrupules ? Que fait-il des heures entières enfermé derrière les portes de son appartement ? Et surtout que fait-il de ses dimanches à deux heures de voiture de la civilisation new-yorkaise ? Après avoir sublimement mis en image le personnage de Prévert, et cela à deux reprises, Christian Cailleaux nous livre un superbe album tout en douceur, très poétique mais également d’une puissance déconcertante. Ses illustrations nous projettent dans le New York des années 1950 de manière fulgurante et nous donnent l’illusion que le rêve américain est à deux pas. Quant au scénariste, Timothée de Fombelle, il nous prouve une fois de plus que l’écriture n’a aucun secret pour lui. Après avoir conquis le théâtre, le jeune public (avec notamment Tobie Lolness ou encore Le Livre de Perle) et plus récemment la littérature pour adulte, c’est avec succès que l’auteur aux multiples prix littéraires s’attaque à un art où on ne l’attendait pas : la bande dessinée. Le scénario nous tient en haleine jusqu’à la fin des 100 pages de l’album notamment grâce aux nombreux flash-back. Ils ont en effet une importance majeure dans la lecture puisque c’est grâce à leur utilisation que le lecteur en apprend plus sur les deux personnages centraux de l’histoire. Nous découvrons donc au fur et à mesure de l’album le lien si fragile qui lie la belle danseuse à cet homme rigide, cinglant et insaisissable. Laissez-vous emporter par la beauté de cette bande dessinée à l’ambiance typique de l’Amérique des 1950. Vengeance, complots, mystères, enquête et secrets de famille sont au rendez-vous de cet album aussi cruel que romantique et poétique. Un mélange parfait pour ce polar aux allures de classique hollywoodien, vous ne serez pas déçus !

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