Chronique Mauvais genre de Chloé Cruchaudet

Guillaume Boutreux Librairie M’Lire (Laval)

Voici l’histoire authentique et saisissante d’un déserteur, Paul Grappe, et de sa femme Louise Landy, qui, emportés par la guerre, s’engageront dans une folle spirale, brisant sur leur route tous les tabous.

1914. Paul Grappe et Louise Landy s’aiment. Ils se marient le jour même de l’incorporation de Paul, persuadés de pouvoir se revoir rapidement, juste le temps de mettre « une branlée » aux boches. Mais la guerre s’enlise dans l’horreur et, après s’être mutilé, Paul doit finalement déserter pour échapper aux tranchées. Il se réfugie chez Louise et choisit de se travestir en femme pour échapper aux gendarmes. Il devient Suzanne Langard. Le subterfuge fonctionne parfaitement durant dix ans – sans doute même trop bien –, jusqu’à ce que l’amnistie des déserteurs soit promulguée. Suzanne peut alors redevenir Paul. Mais le veut-elle vraiment ? N’est-elle pas allée trop loin ? Ses expériences bien au-delà des conventions dans le Paris des Années Folles, exacerbées par le traumatisme du front, n’ont-elles pas définitivement bouleversé sa vie, son identité ? Centenaire oblige, une profusion de livres autour de la Grande Guerre et de ses terribles conséquences se profilent à l’horizon 2014. Si Mauvais genre semble précéder la déferlante, le sujet a depuis longtemps été défloré par les auteurs de bande dessinée, certains d’ailleurs fort illustres. Par le choix de ses personnages, Chloé Cruchaudet parvient néanmoins à se distinguer en titillant la curiosité de son lecteur. En effet, s’inspirant de l’essai historique La Garçonne et l’assassin de Fabrice Virgili et Danièle Voldman (Payot), Chloé Cruchaudet s’empare d’un couple hors normes dont l’amour, perverti par la guerre et ses névroses, finira par s’immoler sur le feu des interdits. Cependant, si Mauvais genre s’abstient de tout jugement moral, la bande dessinée ne tombe pas non plus dans le sensationnalisme. Cette pudeur fait d’ailleurs d’autant plus ressortir la violence des sentiments qui emportent Paul, puis Louise… et enfin le lecteur. En plus de la force et de la finesse de l’histoire, la qualité de Mauvais genre tient également au dessin de Chloé Cruchaudet. Au noir et blanc dont le grain n’est pas sans rappeler les photographies anciennes, elle a su ajouter des touches de couleur, surtout rouges, qui viennent souligner le récit, toujours fort à propos. Bref, après le voyage à New York de Minik le jeune Esquimau dans Groenland Manhattan (Delcourt), puis ceux, tout aussi savoureux d’Ida dans l’Afrique coloniale de 1887 (Delcourt), Chloé Cruchaudet s’attaque encore une fois et avec autant de grâce à l’histoire de personnages décalés par rapport au reste du monde, certes tourmentés, mais follement épris de liberté.

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