Chronique Comics retournés de Gabriela Manzoni

Guillaume Boutreux Librairie M’Lire (Laval)

Après un carton sur les réseaux sociaux, les Comics retournés débarquent aux éditions Séguier, qui se targuent, à juste titre, d’être « éditeur de curiosités ». Avec la parution de l’œuvre de Gabriela Manzoni, en voici la démonstration.

Une chose est certaine, on n’a pas fini de rigoler : la jeune garde francophone de dessinateurs de bande dessinée et autres arts graphiques populaires regorge en effet de moult talents versant dans le sarcasme, l’ironie et l’humour le plus piquant. Le détournement d’objets graphiques classiques en est d’ailleurs une de ses marques de fabrique, à l’instar d’une Gabriela Manzoni (ici présente), d’un Stéphane Trapier (Tarzan contre le vie chère aux éditions Matière), voire d’un Jorge Bernstein (L’Humour légendaire du célèbre professeur Bernstein chez Aarg éditions), ou encore d’un Tampographe Sardon (avec son livre éponyme paru à l’Association, même s’il n’est certes pas né de la dernière pluie acide). Si ces (plus ou moins) jeunes créateurs s’avèrent aussi prolifiques que talentueux, il faut dire que ceux-ci peuvent allégrement trouver l’inspiration dans le patrimoine de l’insolence graphique français. On peut en effet percevoir dans leurs œuvres l’influence du mouvement dada, créateur prolifique d’images absurdes. René Magritte (Français par capillarité) ne serait certainement pas en reste dans cet inventaire. Plus récemment, il faut compter sur des monstres satiriques comme Roland Topor ou la bande d’Hara-Kiri du Professeur Choron. Après des études liées aux arts appliqués, puis aux lettres, Gabriela Manzoni arrive dans le monde de l’image, fort bien entourée par l’œuvre de ses contemporains comme par celle de ses brillants prédécesseurs. Comment ne pas être noyée au creux de cette mer d’humour grinçant ? Pour cela, Gabriela Manzoni possède deux atouts de valeur. D’une part, la qualité de son travail. Le concept est très simple : Gabriela s’empare de vignettes issues de comics sentimentaux des années 1950-1960 qu’elle recolorise, puis elle remplace les dialogues doucereux par des aphorismes à la Cioran, ou des phrases acérées souvent en lien avec les contingences de notre époque, mais en total décalage avec le vernis policé des scènes représentées. Gabriela Manzoni s’aventure plus loin que le simple détournement d’images, et évoque un « retournement » de ces comics dans un sens cinématographique, comme si elle avait retourné les scènes avec des dialogues différents. Le résultat est frappant et ne manquera pas d’activer tout zygomatique compétent. Son second atout est d’ordre technologique. Les réseaux sociaux lui ont déjà permis de se faire une place au soleil et d’acquérir une petite notoriété sur Internet. Reste maintenant à concrétiser ce succès virtuel en une réussite éditoriale, à l’instar d’une Clémentine Mélois avec son livre Cent titres (Grasset). Gageons que les amateurs du genre sauront déceler dans ces Comics retournés la mine de pépites qui agrémentera leurs soirées estivales.

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